Godefroy de Montmirail,vaillant chevalier du roi Louis VI le Gros,est victime d'un acte de sorcellerie qui le pousse à tuer le père de sa fiancée Frénégonde de Pouille.Il sollicite alors un enchanteur capable de le faire revenir en arrière dans le temps,juste avant le meurtre,afin d'effacer cette catastrophe.Mais l'opération foire et Godefroy,accompagné de son fidèle écuyer Jacquouille la Fripouille,se trouve projeté en 1993,dans un Monde où tout a changé et auquel les deux hommes ne comprennent rien.Ils vont y rencontrer leur lointaine descendance,la très snob Béatrice de Montmirail qui a épousé un roturier et vendu le château familial,et Jacquart,un type précieux et stressé qui a acheté ledit château pour le transformer en hôtellerie de luxe.Jean-Marie Poiré a réalisé avec "Les visiteurs" son oeuvre maîtresse,un bijou de la comédie et du film de paradoxe temporel.Le scénario qu'il a coécrit avec Christian Clavier est un prodige d'équilibre narratif et d'inspiration comique,entraînant les personnages dans une spirale ininterrompue de gags tordants shootés aux anachronismes.C'est produit et distribué par Gaumont,la firme coutumière de Poiré,et un soin extrême a été apporté à la direction artistique pour cette histoire relevant en grande partie du film d'époque.Des pointures ont été recrutées,comme le décorateur Hugues Tissandier,la costumière Catherine Leterrier,ou encore Jacques Gastineau qui s'est chargé des effets spéciaux de maquillage.L'habillage musical est également de grande qualité,avec cette immersive et pulsante partition gothique imitant le chant grégorien signée Era,alias Eric Levi,avec en point d'orgue le magnifique "Enae volare".L'habileté suprême de Poiré et Clavier est d'avoir travaillé en profondeur les deux dimensions du film.L'humour n'est pas toujours fin,mais il est d'une redoutable efficacité,décuplée par un rythme qui ne faiblit jamais.Chaque scène apporte son lot de délires dopés au paradoxe temporel,cet élément invariablement payant au cinéma.D'autant que là on est sur du gros changement d'époque.Si "Retour vers le futur" nous faisait voyager d'une ou deux générations,ici ce sont 870 ans qui séparent les médiévaux et les modernes.On ressent puissamment la stupéfaction et le désarroi de Godefroy et Jacquouille,qui dans un premier temps ne comprennent pas pourquoi ils ne reconnaissent rien de leur région,ce qui est notamment matérialisé dans la scène où le seigneur chevauche à travers champs le long d'une route où filent des voitures,le long d'une voie ferrée où passe un train tandis qu'un avion le survole.Peu à peu,les deux hommes vont saisir ce qui leur arrive et s'adapter tant bien que mal à ce nouvel environnement,provoquant moult dégâts lors d'une avalanche de séquences à hurler de rire.Les auteurs exploitent parfaitement cette dissociation cognitive et ça n'arrête pas.Les gars découvrent l'eau courante,l'électricité,l'automobile et autres joies du Progrès.Ils doivent aussi intégrer la démocratie républicaine,un concept inimaginable pour eux.Jacquouille mange par terre à côté de la table,Godefroy lui balançant ses restes de nourriture,ce qui révolte leurs hôtes,et le chevalier apprend avec stupeur et indignation qu'une révolution a eu lieu et qu'un de ses descendants y a pris part.Il ne digère pas non plus la mésalliance de sa "fillotte",la vente du château familial et les travaux qui l'ont défiguré,pas plus que la récupération du lieu par un descendant de son valet.Tout le monde en prend pour son grade,de la vieille noblesse trouvant normal de tenir le peuple en quasi esclavage aux républicains hypocrites,superficiels et obnubilés par le fric.De malentendus en quiproquos,le film trace sa route sur le mode destroy en balayant quelques siècles d'Histoire de France de manière désopilante.Une troupe d'acteurs fantastique anime le show,avec en tête le duo formé de Jean Reno,le guerrier du Moyen-Age pur et dur,et Christian Clavier en écuyer cradingue et soumis qui va découvrir l'émancipation,l'acteur se sortant royalement de son double rôle puisqu'il incarne aussi le très smart Jacquart.Le film a eu neuf nominations aux Césars et une seule statuette,qui a échu à Valérie Lemercier dans la catégorie Second Rôle Féminin,une récompense méritée tant la comédienne est convaincante en perruche fin de race évaporée mais au fond gentille,elle aussi tenant un double emploi puisqu'elle joue en plus le court rôle de Frénégonde.Marie-Anne Chazel nous refait un numéro à la "Zézette épouse X" en clocharde à grande gueule qui va beaucoup sympathiser avec Jacquouille,alors que Christian Bujeau excelle en dentiste sympa dépassé par les évènements.Isabelle Nanty est bien mieux que d'habitude en assistante de direction éberluée d'un Gérard Séty marrant en milliardaire grognon flanqué d'un frère acariâtre campé par l'immense Michel Peyrelon.Arièle Semenoff est très bien en réceptionniste bousculée,seul le très moyen Didier Pain décevant dans le rôle de Louis VI.Et puis de formidables gueules surgissent ça et là,Jean-Paul Muel et Pierre Aussedat en gendarmes teigneux,Didier Bénureau en médecin énergique,le gros Eric Averlant en moine suifeux et le géant Dominique Hulin,qui fut le prof de sport dans "Les sous-doués",en soldat anglais décapité.Le film a principalement été tourné du côté de Carcassonne,où se situe le château médiéval,et d'Ermenonville,dans l'Oise,avec son château modernisé.Notes et critiques de films de Jean-Marie Poiré publiées précédemment:"Les visiteurs:La Révolution"-7,"Les visiteurs en Amérique"-4,"Mes meilleurs copains"-7,"Retour en force"-5,"Les petits câlins"-5.Moyenne:6,3.