Mon deuxième visionnage d’un film de Rodrigo Sorogoyen après “As bestas” que j’avais adoré. “El ser querido” raconte l’histoire d’un réalisateur espagnol, Esteban Martinez (incarné par Javier Bardem), qui revient en Espagne pour tourner un film et propose un rôle à sa fille (incarnée par Victoria Luengo) qu’il n’a pas vu depuis treize ans. Le synopsis est très similaire à celui de “Valeur sentimentale” mais il reste différent dans sa structure dans la mesure où le tournage du film englobe la quasi-totalité du film et la question de la famille ne mobilise que deux personnages.
La scène introductive est très réussie à mon sens, car elle est très bien écrite et elle permet de situer rapidement les points de discorde entre Esteban et sa fille. J’ai plutôt bien aimé la manière avec laquelle le développement de cette relation a été mené lors du film où j’ai bien ressenti la distance logique qui existe entre deux personnes qui ont été séparées si longtemps quand bien même elles font partie de la même famille. J’ai cependant trouvé que les moments où Esteban et sa fille ressentent les moments de vie commune qu’ils ont ratés sont bien trop surlignés par la mise en scène de Rodrigo Sorogoyen comme lors de la scène où un autre acteur et une petite fille tourne une scène dans une chambre où les plans en ralentis ont été abusivement utilisés.
Je note aussi positivement le propos sur la toxicité d’Esteban dans l’exercice de sa fonction de réalisateur avec cette scène de tournage en extérieur qui arrive d’abord à être drôle, puis à faire monter progressivement la tension jusqu’au pétage de plomb final. Il y a dans cette scène un Javier Bardem impressionnant et où je trouve que le fait de filmer les mouvements et les pas d’Esteban avec une caméra portée à l’épaule qui lui donne une dimension de supériorité par rapport aux autres. C’est ma scène préférée du film. Je trouve, hélas, qu’il n’y aura plus eu rien de notable dans le film.