Ce qui m'avait marqué dans As Bestas, c'était de voir comment Rodrigo Sorogoyen parvenait à créer une tension palpable et viscérale rien qu'en filmant le quotidien. Que chaque plan, sur le papier normal et naturel, devienne une source de danger. Cette tension, nous la retrouvons dans l'Être Aimé. Certes, le genre du film change littéralement, le thriller laissant la place au drame relationnel. Il n'empêche que le cinéaste arrive à transformer chaque discussion, chaque séquence père-fille en quelque chose intense, pouvant exploser à tout moment. Ne serait-ce que la longue introduction au restaurant ou le tournage d'une scène qui dégénère. Il y a quelque chose de brut et de sensible dans L'Être Aimé, qui fonctionne et nous permet d'être absorbé par ses retrouvailles houleuses. Cela le film le doit à Javier Bardem, le comédien étant ici au sommet de son art et portant irrémédiablement le film sur ses épaules. Mais mis à part cela, l'ensemble ne m'a pas totalement convaincu, rien que sur certains partis pris. En effet, je vois en L'Être Aimé une autre variation de Valeur Sentimentale. Le genre de film qui raconte la même chose, avec quelques nuances - comme de voir la fille actrice accepter de tourner dans le film de son père -, mais avec une durée excessive pour ce genre de sujet (2h15). Surtout que le scénario ne fait que du ping pong entre les deux protagonistes. Il y a peut-être un jeu de (non) regard entre eux sublimement mis en scène, où le silence est souvent utilisé à bon escient. Mais qui se retrouve noyé dans des effets un poil pompeux (les passages en noir et blanc) et une écriture qui traîne bien trop souvent la patte. Qu'à cela ne tienne, L'Être Aimé reste une proposition avec quelques atouts en poche, en plus d'être une intéressante plongée dans les coulisses d'une production cinématographique.