« L’être aimé » marque un nouveau chapitre dans le cinéma de Rodrigo Sorogoyen, davantage du côté du verbe et de l’introspection et nous rappelle que si on ne peut pas rattraper le passé, on peut évoluer pour l’avenir. Être un homme aujourd’hui c’est apprendre de ses erreurs, faire un pas de côté, se déconstruire pour construire mieux. C’est un long cheminement, pas simple, et il n’est pas exempt de rechutes. Ce père aimerait réparer l’irréparable en offrant ce rôle à sa fille qu’il n’a pas su aimer. Mais il est des erreurs qu’on ne pourra jamais totalement corriger car elles ont influencé un parcours de vie cabossé qui rend le pardon difficile et l’oubli inenvisageable. Tout au long de ce très beau film, le personnage de Javier Bardem essaye désespérément de reprendre le dialogue avec sa fille, sans réussir à établir le lien qu’il souhaiterait tant ne pas avoir brisé. Las, il finit par exploser de colère face à son échec et retomber dans ses errances passées de réalisateur tyrannique et sans égard pour ses équipes ou sens du collectif. La beauté du message de Sorogoyen réside dans l’idée que la réaction à cette sortie de route est cette fois à la hauteur d’un comportement inadmissible. Et que même si le récalcitrant ne parvient pas encore à s’excuser directement, il réussit à le formuler et atteindre son but. Tout n’est donc pas encore parfait ni normé mais la société change. J’aime l’idée d’un cinéma qui dépeint un monde en mouvement, complexe, ni tout blanc ni tout noir ou la remise en question prend du temps mais est néanmoins en marche.