La deconstruction est en marche mais elle prend du temps

« L’être aimé » marque un nouveau chapitre dans le cinéma de Rodrigo Sorogoyen, davantage du côté du verbe et de l’introspection et nous rappelle que si on ne peut pas rattraper le passé, on peut évoluer pour l’avenir. Être un homme aujourd’hui c’est apprendre de ses erreurs, faire un pas de côté, se déconstruire pour construire mieux. C’est un long cheminement, pas simple, et il n’est pas exempt de rechutes. Ce père aimerait réparer l’irréparable en offrant ce rôle à sa fille qu’il n’a pas su aimer. Mais il est des erreurs qu’on ne pourra jamais totalement corriger car elles ont influencé un parcours de vie cabossé qui rend le pardon difficile et l’oubli inenvisageable. Tout au long de ce très beau film, le personnage de Javier Bardem essaye désespérément de reprendre le dialogue avec sa fille, sans réussir à établir le lien qu’il souhaiterait tant ne pas avoir brisé. Las, il finit par exploser de colère face à son échec et retomber dans ses errances passées de réalisateur tyrannique et sans égard pour ses équipes ou sens du collectif. La beauté du message de Sorogoyen réside dans l’idée que la réaction à cette sortie de route est cette fois à la hauteur d’un comportement inadmissible. Et que même si le récalcitrant ne parvient pas encore à s’excuser directement, il réussit à le formuler et atteindre son but. Tout n’est donc pas encore parfait ni normé mais la société change. J’aime l’idée d’un cinéma qui dépeint un monde en mouvement, complexe, ni tout blanc ni tout noir ou la remise en question prend du temps mais est néanmoins en marche. 

C-L
8
Écrit par

Créée

le 25 mai 2026

Critique lue 14 fois

C-L

Écrit par

Critique lue 14 fois

1

D'autres avis sur L’Être aimé

L’Être aimé

L’Être aimé

7

Plume231

2404 critiques

Père et fille, hors champ !

Quand j'ai lu le synopsis de ce film, ma première pensée a été qu'en fait, l'histoire était la même que celle de Valeur sentimentale de Joachim Trier, avec le risque de foncer tête la première dans...

le 18 mai 2026

L’Être aimé

L’Être aimé

8

D-Styx

298 critiques

Le poids du passé

Je dois l’avouer, Sorogoyen est pour moi le meilleur réalisateur espagnol actuel. J’ai découvert le bonhomme en 2017 – avant qu’il n’entre en pleine lumière (c’était quelques mois avant la sortie de...

le 22 mai 2026

L’Être aimé

L’Être aimé

8

Cinephile-doux

8282 critiques

Tourner au vinaigre

La violence du choc d'As Bestas ne doit pas inciter à oublier les réalisations antérieures de Rodrigo Sorogoyen, en particulier El Reino et Madre, desquels la tonalité se rapproche peu ou prou L'être...

le 17 mai 2026

Du même critique

Corporate

Corporate

7

C-L

47 critiques

Tu peux te foutre en l'air mais sans casser l'ambiance s'il te plaît ...

Nous vivons une époque formidable, une époque ou cols blancs et employés peuvent aller faire du chien de traineaux ensemble à Chamonix pour resserrer les liens incroyables d’une équipe en pleine...

le 6 avr. 2017

38 Témoins

38 Témoins

6

C-L

47 critiques

Sommes nous tous le capitaine du Costa Concordia?

Une jeune femme est sauvagement assassinée de plusieurs coups de couteau dans une rue du Havre. Les voisins dormaient; ils n'ont rien entendu. A moins...qu'ils n'aient rien voulu entendre. Pierre...

le 22 mars 2012

Suzanne

Suzanne

7

C-L

47 critiques

Feu follet

Une famille simple, un peu abimée…un papa et ses deux jolies petites filles, Suzanne et Maria…la maman est partie un peu trop tôt mais, dans la pudeur des petits milieux, on ne se plaint pas. Le père...

le 2 janv. 2014