La mise en abyme du film dans le film n'est pas nouvelle. Celle de mélanger art et intime, de brouiller les frontières, non plus. Mais L'Être aimé le fait avec beaucoup de justesse et d'émotion. Javier Bardem est époustouflant. On s'émeut de son incapacité à former des connexions avec son entourage, qu'il s'agisse de sa fille qui lui est quasi étrangère ou de son équipe qui le respecte autant qu'elle le craint. Mais on s'effraie aussi de son tempérament ombrageux et mégalo. Sa fille est la première à en faire les frais. Plus insaisissable, plus en retenue, elle émeut elle aussi par sa souffrance palpable, ce mélange de colère et de volonté malgré tout de rendre fier ce père si impressionnant. La tension de certaines scènes est à couper au couteau. La salle entière retient son souffle quand les deux acteurices principaux/ales entrent en confrontation. L'actrice face au réalisateur, la fille face à son père. Tous deux incapables de surmonter vraiment des années d'incompréhension et de douleur, même à travers la caméra.