L’Heureuse élue se vautre dans une vulgarité telle, tout entière incarnée par le personnage de Camille Lellouche, qu’il en vient à divertir malgré ses incohérences et ses situations téléphonées : la projection d’une caricature populaire dans un microcosme bourgeois produit un effet de catalyseur révélant l’hypocrisie et la violence de ce milieu en apparence protégé et immaculé. Le film représente surtout la solitude d’individualités qui vivent en cachette les unes des autres : le père divulgue son appétit par divers subterfuges sportifs, la mère étouffe ses déceptions successives sous des soins, fils et fille désignent un ennemi commun pour mieux détourner leur propre rivalité… La cruauté de l’exercice se voit cependant adoucie par des situations gentillettes ainsi que par une clausule mièvre qui prouve l’incapacité de la comédie française contemporaine à restituer le délitement des valeurs familiales, l’échec de l’intégration sociale, l’étanchéité des milieux sociaux que seul perforerait, un temps, la transaction monétaire.