Faisant se croiser le destin de Gary, un lycéen fougueux, acteur d’une série pour ado et celui d’Alana une jeune femme sensible de 10 ans son ainée Paul Thomas Anderson nous livre un film tout en contraste ou l’amour prend autant de bifurcations que les hésitations de ses personnages.
Le film tient l’évidence à distance, l’idylle n’a pas ici la clarté, la facilité auxquelles on s’attendrait de la rencontre de ces deux jeunes gens. Ainsi cette histoire d’amour naissante qui charme par son atypisme, se construira au grès de l’intrigue comme une subtile ondulation entre deux univers.
D’un coté, Alana issue d’un cadre familiale religieux stricte subit le carcan discret mais bien présent des traditions et peine à s'épanouir dans ses relations sentimentales. Même si elle multipliera les rencontres d’hommes potentiels, elle se retrouvera souvent dupée.
De l’autre coté, Gary « serial entrepreneur » dont les ambitions mercantiles justifient tout un tas d’extravagances, épouse pleinement l’esprit de son temps. Ses tentatives de séduction resteront vaines mais ses déceptions seront contrastées par une capacité constante à enchanter le monde par son charisme et son romantisme.
Ces deux histoires, qui se frôlent, se toisent, au grès des aventures et des désillusions finissent par s’entrelacer dans un rejet subtil de leurs sphères d’influence respectives. On retrouvera ainsi nos deux jeunes gens sur de nombreux plans, complices enamourés, en spectateurs goguenards des conventions d’une société rétrograde.
Dans cette romance qui avance en spirales, par à-coups douloureux parfois, existe malgré tout une constante légèreté adolescente, une grâce innocente. On voit par exemple poindre au travers de longs travellings où les personnages courent à toute allure, un élan romantique, une mise en mouvement poétique, qui les mènera inexorablement l’un vers l’autre. Chacun des personnages tentants de s’arracher à l’inertie du temps qui passe.
En écho à l’enfance du réalisateur, la cinégénie fidèle et splendide des années 70, réhaussera le ton personnel de ce film. L’intrigue elle-même résulte d’un agréga d’anecdotes vécues par Paul Thomas Anderson.
Porté par un jeu d’acteur magnifique d’authenticité (rappelons les deux acteurs jouent sans maquillage), Pizza Licorice charme par l’originalité d’une idylle à contre-courant et la nostalgie intime du réalisateur dont il est l’émanation.