Lilo and Stitch orchestre, outre la rencontre des genres et celle de deux mondes aux propriétés opposées – la galaxie d’une part, la culture hawaïenne et américaine d’autre part, avec l’omniprésence d’Elvis Presley –, la rencontre de deux furies destructrices qui sont, avant de faire connaissance, menacées d’expulsion : l’alien, résultat d’une expérience scientifique interdite, prend la fuite à bord d’un vaisseau spatial, la petite fille est exclue de son cours de danse pour avoir frappé et mordu une camarade, bientôt de sa maison à cause de conditions de vie jugées insatisfaisantes. Les deux personnages sont surveillés ou traqués par des agents, ce qui les raccorde davantage encore à leur statut d’étranger, de vilain petit canard malheureux et conscient de cette condition qui étouffe ses appels à l’aide sous des cris et des élans de destruction.
L’intérêt du film réside alors dans le refus de toute progression psychologique à proprement parler pour lui préférer le passage d’un état de violence radicale à un état de solidarité tourné du côté de l’enracinement familial. En quelques minutes, Stitch devient le défenseur d’un modèle duquel il était privé jusqu’alors, ses yeux se chargent d’une mélancolie qui réagit avec celle de Lilo. Dean DeBlois et Chris Sanders captent fort bien l’émotivité d’un enfant et son sentiment d’incompréhension et de mise à l’écart dans un monde dont il méconnaît les codes. Nous retrouverons cette thématique plus tard dans la trilogie How to Train Your Dragon. Un Disney virevoltant à la méchanceté assumée, qui fait plaisir à (re)voir en ces temps de lissage moral.