Si l'on m'avait dit qu'un jour Jérémy Ferrari ferait du cinéma, je ne l'aurais tout simplement jamais cru.
Car j'imaginais mal son esprit de sale gosse très turbulent soluble dans une formule de comédie "à la française" de plus en plus consensuelle et inoffensive, qui plus est aux mains de têtes d'affiches de plus en plus lamentables au fil des ans.
Car j'imaginais mal qu'il puisse se rendre complice de l'assassinat d'un genre déjà en état de mort cérébrale et qui s'enfonce lentement dans la fange.
Le masqué va être franc : il allait passer son tour sans remords devant ces K D'Or, dont rien que l'affiche, déjà, refoulait assez fort du goulot, s'inscrivant dans ce que le genre peut faire de pire, même si l'insulte La Tour Montparnasse Infernale restera à jamais indépassable à ses yeux.
Et j'imaginais, surtout, ne jamais pouvoir retrouver tout ce qui faisait le prix du bonhomme, qui m'avait fait mourir de rire dans ses spectacles Vends 2 Pièces à Beyrouth à Hallelujah Bordel !.
Le sujet des K D'Or, il a tout des défis qu'il relevait dans la défunte émission On N'Demande qu'à en Rire, où il brodait, avec quelques autres, des sketches parfois inoubliables sur des brèves et des actualités souvent insolites choisies par Laurent Ruquier.
Et s'il faut reconnaître qu'il a sans doute dû polir ses provocations et ses saillies les plus noires et les plus trashs, on retrouve dans le premier film de Jérémy Ferrari son esprit grinçant et iconoclaste immédiatement accrocheur et irrévérencieux. Ainsi, ce sont les facéties qui s'enchaînent, dans une comédie plutôt bien menée et zinzin.
Burlesque, absurde, l'aventure est émaillée de satires acérées, à l'image de ce centre de déradicalisation mis en scène à travers un reportage télévisé énorme, et de portraits tour à tour doux, amers et désopilants, naviguant entre une jeune femme à prothèses de bras et un chef de guerre blasé.
Mais ce sont les portraits de ses personnages principaux que je retiendrai, pas tant par le rire franc qu'ils provoquent chacun à leur manière en plus d'une occasion, que par leurs fragilités cachées derrière une obsession, une froideur, un accent banlieusard, des insanités ou une naïveté.
Et si Les K D'Or ne sera jamais le film de l'année, ses punchlines et certaines séquences totalement frappadingues font passer un bon moment, inattendu et surprenant. Jérémy Ferrari, lui, s'est visiblement éclaté sur un premier effort de réalisateur suffisamment sincère pour convaincre.
Et quand son héroïne lance un fulgurant "Je ne suis pas méchante, je suis insolente" comment ne pas le reprendre pour qualifier un humoriste cachant un petit coeur derrière son sourire carnassier ?
Behind_the_Mask, qui a envie d'embarquer sur l'arche de Noé.