La déchéance de jeremy ferrari
Comment ce brillant humoriste qui a commencé de manière magnifique dans On n’demande qu'à en rire, lui, le dieu de l'humour noir, peut-il nous proposer ça aujourd'hui ? C'est absolument impensable. 15,60 € pour le spectateur moyen — je suis heureusement abonné — pour voir un film d'une nullité pareille. Le premier film de Jérémy Ferrari, j'espère bien que ce sera également le dernier. Avec Éric Judor et Laura Felpin, le trio enchaîne les gags grotesques et d'une vulgarité sans nom. L'humour est absolument débile, exempt de toute intelligence, très, très loin des habitudes de Jérémy qui réfléchit tant dans ses spectacles (Hallelujah Bordel !, Vends deux pièces à Beyrouth).
Je trouve qu'il y a deux Jérémy Ferrari : l'homme aux cheveux longs, remarquable, grinçant, qui dépassait tout le politiquement correct ; et l'homme aux cheveux courts, grossier, lourd, stupide. Son film est un concentré de ratés. Noé, fils caché de Kadhafi, enfant illégitime d'une mère ayant eu une aventure avec le général lybien lors d'une de ses venues à Paris, se construit avec l'image de ce dictateur. Jusqu'à ces éléments annoncés dès le début du film, on se dit qu'on va passer un bon moment et que Ferrari nous propose encore de très bons moments de franche rigolade.
Le problème, c'est que lorsqu'il s'embarque pour le désert avec Soukalina et un aveugle (Éric Judor) pour récupérer l'otage d'un terroriste en échange d'une rançon, le scénario devient absolument navrant. Toutes les plaisanteries tombent à l'eau, manquent de finesse, de mordant, et c'est des « ta mère la pute », « je la suce » et j'en passe. Laura Felpin, dans son éternel rôle de cagole, finit par lasser tout le monde. Je l'avais découverte dans le fameux sketch très réussi du confessionnal (Les Duos Impossibles de Jérémy Ferrari) et ne savais pas que son fonds de commerce était de jouer perpétuellement l'attardée mentale ou plutôt la casos banlieusarde. À se demander si ce n'est pas son problème justement d'être une pauvre idiote, mais en vérifiant sur Internet et en la voyant dans certains de ses spectacles, elle sait parler très correctement. C'est donc un rôle de composition qui fait rire cinq minutes, mais qui, au bout d'une heure quarante, épuise totalement.
Éric Judor, aveugle et puis plus aveugle (vous comprendrez ma remarque si vous allez voir le film), afin de comprendre jusqu'où la bêtise humaine peut aller... Éric Judor, tellement bon dans Les Nouvelles Aventures d'Aladin où il incarnait le génie de la lampe, est là le personnage le plus caricatural et le plus crétin de tous, à l'exception peut-être de Laura Felpin. L'ensemble est indigeste, d'une laideur manifeste ; une longue traversée du désert dans un vrai désert.
L'ayant vu en avant-première, je suis parti lorsque l'équipe est arrivée pour un débat. Jérémy Ferrari s'est assis et a demandé sous les applaudissements : « Alors, vous vous êtes bien marrés ? ». Quelle mascarade. Je n'ai pas eu le courage de réclamer le micro pour lui demander s'il n'avait pas honte de gâcher son immense talent avec des inepties pareilles. Il faut savoir tout de même que 98 % de la salle riait aux éclats. Quoi d'étonnant d'une France qui s'extasie devant Les Tuche ? Adieu comédie française éternelle : La Chèvre, Les Compères, Les Fugitifs, Le Prénom, Le Dîner de cons, Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?, etc. Toutes sont des comédies qui ont l'intelligence de comprendre que l'humour, c'est rire de ce qui n'est pas drôle, ou plutôt de rire de situations malgré elles, et non pas de faire des blagues pour faire rire.
Ferrari le sait très bien. Aujourd'hui, il a simplement décidé de faire du business et de devenir un amuseur public absolument pas drôle. Si vous avez l'habitude de regarder autre chose que Les Ch'tis, Les Marseillais ou Les Anges c'est une horreur, si vous êtes un aficionados de la télé-réalité et de la stupidité profonde, ce film est pour vous. Pour le reste, je peux le clamer haut et fort : avec Les Visiteurs 4 : La Révolution, ce navet est le pire film que j'aie jamais vu.
Je mets en place à partir de cette critique un nouveau système de notation. Quand je mettrai un 10, j'évaluerai s'il mérite une étoile de chef-d'œuvre, deux ou trois (avec par exemple Titanic : 10 + 3 étoiles ; Avatar 1 : 10 + 1 étoile). Je ferai pareil pour la nullité. Je ne peux pas mettre 0 sur SensCritique, donc ce n'est pas grave, je l'écris : 0 + 3 croix. Les croix sont un seuil de médiocrité absolue et pour ce film, je mets avec plaisir 0 et trois croix. Il ne devrait même pas exister. Comment penser que des gens ont pu perdre leur temps et de l'argent pour réaliser une horreur de cette envergure ? Quoi qu'il y a du génie à se rater ainsi, c'est même colossal. Si je n'avais pas pensé à la critique à faire, je serais parti au bout de 20 minutes, pas plus. Mon avis était déjà fait, on connaissait la direction du film.
Allez voir, si ce n'est pas déjà fait, les passages de Jérémy Ferrari dans On n'demande qu'à en rire et comparez avec ça. On peut dire : voici un héros déchu, à égalité avec Oscar Pistorius.
Lamentable, pitoyable, le vocabulaire me manque. Je suis désolé.
PS : Je fais beaucoup d'efforts pour vous proposer des critiques sur les nombreux films qui sortent au cinéma ou que je regarde à la télévision. J'écris et je commente en essayant d'être le plus objectif possible. Les commentaires et les observations seront toujours les bienvenus ; en revanche, je vous demanderai de toujours faire preuve de respect et de correction. Nous sommes là pour échanger entre passionnés, dans le respect et la bonne humeur.
Les insultes directes et les commentaires désobligeants n'ont pas leur place ici, comme ce fut le cas lors de ma critique sur les K' d'Or de Jérémy Ferrari. Je ne demande pas aux gens d'être d'accord avec moi, bien au contraire : l'échange cordial est toujours salutaire. En revanche, toute attaque ou agression n'est pas tolérable. À l'avenir, je bloquerai, sans même prendre la peine de répondre, tous les "haters" qui se permettent cette impolitesse détestable.
Je vous remercie.