Le grain de l’image, les personnages déroutants, les gueules pas possibles, les dialogues austères et triviaux mais qui paradoxalement expriment beaucoup de choses, bref, la patte Bruno Dumont est maintenant imprégné au sein du spectateur qui a dévoré ses sept premiers films et s’apprête donc à repasser à table pour retrouver ce goût étrange et captivant propre à l’auteur avec ce Ma Loute, où l’on retrouve la mère Binoche, accompagnée cette fois-ci d’une autre pointure du cinéma français : Fabrice Luchini.
Paré de son rôle de bourgeois du début du XXe siècle, Luchini cabotine comme il sait le faire en incarnat un personnage grotesque et affecté, autant adepte de glycines que que d’accouplement avec sa sœur, Juliette Binoche. Ce couple incestueux, mais juste une fois, parce ils avaient bu (délicieux dialogue entre les deux, par ailleurs), représente l’incarnation de la décadence morale et de la débauche des gens tellement riches qu’ils s’ennuient et se livrent à ce genre d’activité, vu par l’angle décalé et pince-sans-rire de Dumont.
Le film se déroule sur la côte nord de la France, où l'intrigue se mêle aux paysages pittoresques et à l'authenticité des lieux, encore remarquablement filmée, avec cette brume, ce froid et ce brouillard susitant la fraîcheur de l’aurore. La nature y est encore omniprésente, surtout ce sable humide, cette mer dans laquelle Ma Loute jette violemment Billie parce qu’il ne lui avait jamais dit qu’il avait une bite.
La direction des acteurs amateurs permet de nouveau aux personnages d’être imbibés de ce cachet incarne excentrique et un peu déroutant qui laisse le spectateur perplexe et captivé par ce qu’il se passe. Mention spéciale à l’intrigant Billie et à toute la famille de Ma Loute, tellement Dumonesque dans l’esthétique.
Le film d’un réalisateur qui s’affirme et exploite de plus en plus son style, allant jusqu’à s’amuser par le biais de ses deux acteurs principaux, bétail parfait pour exprimer son sentiment de moquerie envers les bourgeois.