Joel Coen soliste, pour la première fois, et ses lettres de noblesse à la dramaturgie anglaise, shakespearienne !
Et quel pari, plus que risqué, à une époque où l’économie hollywoodienne prime trop souvent sur le superficiel et le faste de l’image de synthèse, sur l’outrance visuelle et la redite maintes fois déjà-vue, au détriment d’un récit trop souvent alambiqué et ennuyeux, de dialogues malheureusement puérils, et de mots qui n’ont plus aucun poids. Car l’être et le paraître sont, fâcheusement, devenus bien plus populaires.
La moitié des frères Coen, désormais en solitaire fait ici tout autrement. Des décors austères et minimalistes, tout droit sortis d’une pièce de théâtre. Une image en noir et blanc rappelant une autre époque, lointaine, avec cette expression froide et glaçante venue notamment de l’expressionnisme allemand.
Des monologues qui peuvent lasser une jeune génération désintéressée, et plus d’un spectateur, d’ailleurs, sans parler de dialogues tout aussi anciens, mais formidablement imagés : un régal pour les esprits affûtés. Des paroles empreintes d’une grande sagesse ou pas, selon les personnages et surtout des mots et des actes qui peuvent avoir de lourdes, de très lourdes conséquences sur leur destin.
Tout cela n’est autre que l’œuvre de William Shakespeare.
George R. R. Martin l’a lui-même parfaitement compris : pour qu’une histoire nous passionne, nous emporte et nous émeuve, il n’y a peut-être rien de plus puissant que la plume de Shakespeare pour atteindre de tels sommets.
On y retrouve les mêmes ingrédients : passion dévorante, trahison, machiavélisme, stratégie, prophétie, malédiction et sorcellerie, meurtres sanglants et combats à l’épée pour gravir des montagnes de pouvoir.
Et enfin, Denzel Washington est méconnaissable et saisissant dans cette interprétation de l’anti-héros maudit. Frances McDormand, quant à elle, ne fait que confirmer toute l’étendue de son talent et de son jeu, de Fargo à Three Billboards, Les Panneaux de la vengeance, pour ne citer que ces deux films.
Ce rôle lui va comme un gant : celui de Lady Macbeth.