Mad Max
6.8
Mad Max

Film de George Miller (1979)

« Any longer out on that road and I'm one of them, you know ? » MAX ROCKATANSKY

George Miller était médecin travaillant dans une salle d'urgences à Sydney, en Australie, où il est témoin de nombreux accidents de voiture qui augmentent dans le Queensland rural et croise notamment un adolescent qui a perdu trois amis dans un accident. Lors d'une résidence dans un hôpital de Sydney, Miller rencontre le cinéaste amateur Byron Kennedy dans une école de cinéma estival.

Le duo produit en 1971 un court-métrage intitulé Violence at the Cinema - Part I, projeté dans de nombreux festivals de cinéma et qui remporte plusieurs prix.

Quelques années plus tard, George Miller et Byron Kennedy décident de produire un long-métrage. Miller imagine alors une intrigue inspirée de son travail d'urgentiste. Il imagine un personnage dénué de sentiments et arpentant les routes pour soigner des accidentés. Mais peu à peu, l'idée initiale évolue. Miller croit que les spectateurs trouveront l'histoire plus crédible si elle est définie dans un futur proche dystopique.

Par ailleurs, George Miller n'est pas satisfait des dialogues. Il fait alors appel à un ami cinéphile, James McCausland, qui n'a alors aucune expérience de scénariste. Il accepte cependant la proposition. Il intègre dans l'écriture ses observations sur les effets du choc pétrolier de 1973 sur les automobilistes australiens.

Il faudra beaucoup de temps à George Miller avant de réunir les fonds nécessaires à la création du film. Nécessaire étant ici un bien grand mot et Miller va s'en rendre compte tout au long de la création du film. Par exemple, lui et son désormais producteur Byron Kennedy envisagent d'engager un acteur américain pour tenir le rôle principal en partant du principe qu'il serait alors plus facile de vendre le film. Mais après un voyage à Los Angeles, Miller et Kennedy enterrent cette idée en raison des cachets demandés par des comédiens américains. Une chance pour Mel Gibson et Steve Bisley, jeunes acteurs inconnus qui vont interprétés le héros et son pote.

Pour réaliser leur film, George Miller et Byron Kennedy sont obligés de faire avec les moyens du bord. Une bonne partie de l'équipe de tournage n'a jamais travaillé pour le cinéma et les autres viennent d'une télévision dont les productions sont très éloignées de la fureur du projet. Si les rôles clefs sont interprétés par de véritables comédiens, c'est loin d'être le cas de toutes les personnes qui apparaissent à l'écran. Ainsi, le gang à motos est composé en grande partie de véritables motards qui n'ont jamais participé à un film jusque là.

George Miller a beaucoup de problèmes avec la sortie de son film, jugé trop violent et influent pour les jeunes. Voulant éviter le R-Rated (interdit au mineur), la censure accepte de projeter le film en échange de quelques coupes, mais Miller décrète que, mis à part des plans choquants de quelques secondes, ce n'est pas le film qui est violent mais le climat général, la brutalité ambiante.

Mad Max sort en 1979, mais sa sortie en France va être retarder à cause, une nouvelle fois, de la censure.

En France, le film qui devait sortir en salles sous le titre Matière hurlante, se voit écoper d'un classement X par la commission de classements pour incitation à la violence en 1980 le contraignant à être diffusé dans un circuit de distribution de salles pornographiques. Toutefois, le classement X fut levé en 1981.

Malgré cela, Mad Max, qui gardera son titre original, doit attendre l’année 1982, soit près de trois ans après sa sortie en Australie, pour être distribué en France dans des salles traditionnelles, obtenant une interdiction aux moins de 18 ans lors de son examen par la Commission de classification des œuvres cinématographiques, mais est amputé de six minutes.

Le film s'inspire sur plusieurs aspects de Vanishing Point de Richard Sarafian, sortie en 1971, à tel point qu'on peut le considérer comme un hommage à l'œuvre de Sarafian. La scène d'introduction notamment, où les deux policiers cherchent en vain à intercepter le Nightrider, est reprise presque plan pour plan d'une scène centrale de Vanishing Point.

Max Rockatansky est un policier qui officie sur les longues routes d’un pays désertique à une époque où la société semble à deux doigts de sombrer dans le chaos. Les bureaux de police sont plus que délabrés, les routes sillonnées par des gangs de motards enragés et sexuellement dépravés et les agents de l’ordre paraissent eux-mêmes sur le fil du rasoir quant à leur équilibre mental. Bref, rien ne va plus. Sauf pour Max. As du volant, il est admiré de tous ses collègues, et ses supérieurs, devant la grande efficacité de son travail, veulent en faire un héros qui rassurera les masses populaires qui en ont bien besoin. Cette satisfaction professionnelle n’est rien comparée à la joie que lui procure sa vie matrimoniale. Il aime sa femme et profite des pique-niques le week-end avec son fils et son chien. Grâce à cette existence proprette, il garde les pieds sur terre.

Pourtant, lorsque son coéquipier et ami se retrouve carbonisé après une altercation avec une bande de voyous particulièrement sauvages, Max décide de jeter l’éponge et de prendre sa retraite, partant avec sa famille vers le nord. Mais quand cette même bande croise son chemin et s’en prend violemment à sa famille, il fait marche arrière, enfile son uniforme et se venge impitoyablement.

Ce qui frappe instantanément devant ce film, c’est le décalage entre l’histoire qui reprend les codes des vieilles séries B américaines (particulièrement les westerns) et la façon qu’a George Miller de la filmer. Car ce qui caractérise son style, c’est cette indéniable soif de cinéma que l’on reconnaît dans les amples mouvements de caméra, les nombreux fondus enchaînés et la netteté d’exécution. Bref il y a du désir dans sa mise en scène et de l’affect pulsionnel dans sa façon de raconter ce scénario puritain. En fait, dès ce premier film qui étonne par sa maîtrise, Miller sait déjà comment nous guider vers ses sujets de prédilection.

Tout son cinéma est animé par la même obsession : l’envie irrépressible de sortir de son environnement et affronter le danger que ça représente, quitte à y laisser des plumes. Quête initiatique, recherche d’identité, découverte de soit, en réalité chacun de ses futurs films est un récit métaphorique du passage de la puberté à l’âge adulte, vers l’éveil de la sexualité, évolution cruelle qui ne se fait pas sans douleur, mais à laquelle on ne peut pas résister. Ce n’est pas à la violence que Max tente d’échapper, mais à ses pulsions. Emmener sa très schématique famille en dehors des frontières, l’exposer au danger, c’est sa façon de répondre à son désir inconscient : s’en débarrasser, ce qui se traduit pour la femme et le fils par un brusque et terrible passage en hors champs. C’est certainement ça qui, fondamentalement, choqua le plus à l’époque.

Ainsi le chagrin de Max ne se fait pas dans des scènes de désespoir lacrymal, mais passe dans le durcissement de son regard, l’impassibilité de son visage et, comme le montre la fin du film, un certain apaisement émotionnel. Être devenu aussi sadique que les voyous, c’est s’être aligné sur leur sexualité libérée, sexualité dont il était privé avec sa femme. Se délivrer des illusions de l’enfance, affronter la violence de la nature humaine, assumer ses pulsions, c’est de cette façon que George Miller affranchit la fiction du puritanisme et inscrit ses personnages dans le monde, en dehors de leur propre sphère. C’est à ce prix qu’ils deviennent libres.

George Miller développe une imagerie mythologique et funèbre autour de Max, chevalier noir brûlant le bitume au volant de son Interceptor. Quand les affrontements de début de film gardaient une facette ludique à l’image du plaisir qu’y prenait Max, le final frappe par sa brutalité sèche où notre héros le regard glacial abat ses ennemis avec une férocité méticuleuse. Max disparait en même temps que son véhicule sort du champ dans la dernière scène, ne reste plus que celui qui a semé impitoyablement les cadavres derrière lui. Il est Mad Max. Un sacré tour de force à l’intensité de tous les instants, sacrément impressionnant au vu des moyens et à la mise en scène virtuose.

StevenBen
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le 14 mai 2024

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Steven Benard

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