C’est sans grande attente que j’ai décidé de revoir Mad Max: Fury Road. Lors de mon premier visionnage, j’avais apprécié le film, mais je l’avais injustement réduit à un simple film d’action reposant essentiellement sur des courses-poursuites spectaculaires. Autant dire que j’étais complètement passé à côté de cette pépite : derrière son apparence de blockbuster un peu bourrin se cache une œuvre d’une profondeur impressionnante.
La première chose qui frappe est évidemment la mise en scène de George Miller. Les scènes d’action sont incroybales, mais elles ne sont jamais confuses : Réussir à créer autant de chaos tout en conservant une telle lisibilité est (j’imagine) une vraie prouesse. Les véhicules handcrafted ont une personnalité folle, chaque séquence, chaque collision transmet une sensation de brutalité immersive. Cette intensité vient évidemment du choix de privilégier les cascades réelles et les effets pratiques.
Et c’est dans tout ce chaos de rouille et d’armes à feu que George Miller installe un univers extrêmement riche. Chaque décor, chaque véhicule, chaque costume semble portent une histoire. Le film raconte énormément de choses avec très peu de dialogues : les regards, les gestes et les images suffisent à révéler les motivations des personnages.
Le système créé par Immortal Joe (the villain) dépeint un merdier digne des pires scénarios fascistes post-apocalyptiques. Dans un monde où l’humanité s’autodétruit, le pouvoir de cet antagoniste repose sur le contrôle absolu des ressources et des corps. Il possède l’eau (« Aqua Cola » lol!), qu’il utilise comme un outil de chantage politique, la reproduction (les femmes étant considérées comme des moyens de perpétuer sa lignée), ainsi que les War Boys comme une force armée de fanatiques chargée de maintenir son contrôle par la répression et la conquête de territoires. Son obsession pour la pureté génétique et la création d’une descendance parfaite révèle donc une logique eugéniste : il ne cherche pas seulement à régner sur le présent, mais à imposer son héritage au futur.
Max Rockatansky (Tom Hardy, qui vraiment reste dans mon top tier acteur, le mec transmet de la tension en un simple regard) est un super perso. Homme hanté par son passé et prisonnier de ses démons, il est aussi doté d’un instinct de survie hors norme. On le voit notamment dans la scène de la flèche, où sa vision récurrente lui permet de se sauver et, par la même occasion, de continuer à protéger le convoi. Sa psychose n’est pas seulement une blessure, elle est aussi une forme d’instinct supérieur. Dans cette histoire, Max n’est pas un dissident politique, il ne cherche pas à changer le monde, seulement à survivre. C’est sa rencontre avec Furiosa qui va progressivement le rendre plus humain, au point de transformer sa fuite en un projet émancipateur plus « large ».
Furiosa n’est donc pas une simple alliée. Elle porte littéralement le projet de libération, qui devient ensuite une véritable révolution. Son combat a une dimension à la fois collective et féministe : elle cherche à libérer les femmes retenues par Immortan Joe pour leur offrir un système qui ne serait pas fondé sur la domination patriarcale et l’exploitation abusive des ressources.
Derrière son récit révolutionnaire, l’œuvre propose aussi une réflexion sur la quête d’un monde meilleur, concept du road movie américain : l’émancipation par la route et le voyage. Comme dans Easy Rider, L’herbe n’est finalement pas plus verte ailleurs… sauf qu’ici, nos protagonistes décident de faire demi-tour ! Et contrairement à la conclusion plus traditionnelle / conservatrice du Magicien d’Oz ( « There’s no place like home » ) qui invite à retrouver un foyer perdu, Fury Road propose une vision plus révolutionnaire : certes, le véritable changement ne vient pas d’un ailleurs idéalisé. Mais parfois, la communauté ou la famille ne suffisent plus à protéger les plus faibles dans un système vicié. Le voyage ouvre à la réflexion et à l’évolution, mais le véritable changement naît de la capacité à reprendre possession de ce qui existe déjà.
Du moins, c’est ce que j’en conclus, et ça me plaît beaucoup. C’est exactement ce que fait Furiosa lorsqu’elle retourne à la Citadelle : elle ne cherche pas simplement un refuge, elle revient pour renverser l’ordre établi.
C’est aussi une belle coïncidence que je puisse redécouvrir ce bijou alors que j’étais en plein visionnage de la filmographie de John Ford. C’est clair et net, ce road movie fonctionne presque comme une réinvention de La Chevauchée fantastique (Stagecoach) : les chevaux sont remplacés par des machines, la diligence devient un convoi militaire, et les figures du cow-boy et des peuples ennemis sont transformées en une « lutte sociale » entre oppresseurs et opprimés.
En bref, Mad Max: Fury Road utilise le mouvement et la violence comme un langage pour parler de pouvoir, d’écologie et de la folie des hommes. Il se réapproprie les codes du cinéma américain hollywoodien pour proposer une grammaire cinématographique fraîche et engagée. C’est un grand cru du cinéma d’action. Un pur plaisir!