Et nous y voilà les amis, après un été 2013 qui m'a permis de revoir les perles découvertes dans mon adolescence et de découvrir l'intégralité des nombreux films du Maître, il en restait un que je gardais sous le coude repoussant la date le plus possible jusqu'à aujourd'hui. Je dois donc à présent vivre avec l'idée que plus jamais, je n'aurais la chance de découvrir une oeuvre inédite du Maître Japonais, mais attention loin de moi l'idée d'être emprunt d'amertume, bien au contraire. C'est presque avec mélancolie que je pense à sa filmographie et que je me remémore les centaines d'heures de plaisir ressenties devant ses films et qui font que le cinéma est une passion qui m'habite et ne me quittera jamais. De l'épique, au minimaliste, de Shakespeare à Dostoïevski, du jidaigeki au contemporain, du polar au biopic notre doux rêveur a traversé les décennies en s'essayant à tous les genres avec une qualité absolument phénoménale, réussissant à se remettre en question pour se renouveler constamment même dans sa période la plus sombre.

Cette façon unique de filmer les éléments naturels pour leur donner envie, totalement magnifiée dans Rashomon, ce spectacle gigantesque qu'est La Forteresse cachée et qui met une petite déculottée à une pléiade de blockbusters actuels. Cette efficacité dans le polar, nous offrant des œuvres monumentales, pleines de tensions, irrespirables même par moment comme avec Les salauds dorment en paix ou Entre le ciel et l'enfer.
Cette maitrise de la narration non linéaire, ces portraits d'hommes inoubliables tantôt héroïques, tantôt pathétiques, cette apogée de l'espoir avec Barberousse, ce passage à la couleur stupéfiant, et enfin ces précieux acteurs à qui il l'a fait vivre tant d'aventures. Takashi Shimura bien sûr, d'abord Mentor du gigantesque Toshiro Mifune avant de s'effacer petit à petit pour laisser parler ce duo magnifique dans une dizaine de chef d’œuvres, puis tel le cycle de la vie, Tatsuya Nakadai arriva lui aussi jeune rival de Mifune au préalable, finira en tête d'affiche plus tard pour les derniers grandes épopées.
Et puis vint la période mélancolique, celle du vieux bonhomme qui a vécu bien longtemps, a tout vu, tout fait et s'expose un peu plus, laissant davantage s'exprimer l'homme prenant le pas sur son costume de réalisateur, n'hésitant plus à partager ses rêves et ses craintes avec nous spectateurs.

Et après cette longue introduction qui n'est pas anodine, nous voici donc arrivé à celui qui nous intéresse, à 83 ans, celui qui permettra à Kuro de tirer sa révérence et enfin d'aller se reposer après une carrière hors norme. S'il n'est pas parfait et ne fera pas parti des monuments que l'on connait, j'ai perçu ce récit final comme un message ultime d'un Maître qui quitte la scène et qui à travers le regard de ce professeur aimé et respecté nous fait ses adieux de bien belle manière. Comme le dit si bien un des élèves, "Même si vous n'enseignez plus, vous êtes et resterez un Sensei". Un homme qui a consacré sa vie entière au 7ème art et qui en démarrant sa carrière dans les années 40 continue à faire rêver des gens dans le monde entier, à servir de modèle dans les écoles de cinéma pour ce qu'il a pu apporté. C'est dans cette optique qu'avec Madadayo, j'y ai vu une fable touchante sur la vieillesse et sur la vie en générale, sans effets de style tout en douceur dans sa forme pour laisser le fond nous inonder.

Au final, un bien joli cadeau d'adieu à voir en revanche après quelques films du Maître pour mieux ressentir la nostalgie qui s'en dégage et mieux appréhender ce personnage du professeur qui pris à part risque de moins faire mouche, pour les autres, n'hésitez pas.

PS : Merci à tous mes éclaireurs qui étaient là cet été pour avoir supporté des critiques chaque jour au risque de frôler l'overdose, merci également pour tous vos commentaires et réactions à chaque fois, ça fait toujours très plaisir ! Enfin, challenge relevé, tous les Kurosawa sont lus, vus et critiques, merci pour tout Maitre Kuro !

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