9
2564 critiques
Sea, sex and massacre
Je ne connais quasiment pas le cinéma de Lav Diaz et je lance donc ce film sans trop savoir à quoi m'attendre. Je me retrouve face à un antibiopic, un film qui ne commence pas par l'enfance de...
il y a 4 jours
On va pas y aller par quatre chemins : ce Magellan-là est une purge. C'est typiquement le genre de film qui confond contemplation et ennui, hermétisme et vanité. Ce n'est même pas la longueur du film, 2h40 de perdues dans ma vie, qui est en cause : s'il avait été deux fois moins long, il aurait été tout aussi mauvais - certes moins cruel pour les spectateurs. J'ai d'ailleurs écrit cette critique en direct pendant le film tellement je me faisais chier (ne vous en faites pas, je n'ai gêné personne puisque la salle était bien heureusement vide).
La plupart des plans sont beaux, et c'est bien la seule qualité du film. Mais qu'est-ce qu'on s'en fout. Il ne se passe absolument rien. Plus de la moitié des plans sont des images fixes, ici de bateaux sur la mer, là de cadavres, ou encore de personnages qui ne font absolument rien. Et ces plans-là durent longtemps, très longtemps. Pour tout vous dire, il y a davantage d'action dans Jeanne Dielman... Pourtant on parle de Magellan quand même, le gars dont l'équipage a fait le premier tour du monde, en proie à des doutes existentiels, face à des dangers immenses. Il devrait y avoir de quoi raconter non ? Aucun des grands moments attendus, comme le passage du détroit de... Magellan, n'est montré à l'écran. On ne présente pas non plus des moments sûrement passionnants de son histoire (comment l'expédition a été décidée et financée, comment se sont passées les mutineries, comment l'esclave acheté en Asie du sud ouest a appris le portugais etc). Non, au lieu de ça, on nous montre les pires moments de la vie du navigateur : Magellan qui se fait chier 10 minutes dans un bar, Magellan dans une antichambre pour attendre quelqu'un, Magellan éjaculateur précoce, Magellan sur une pirogue sous la pluie pendant 15 minutes, Magellan qui rêve de sa femme pendant 10 minutes sur son bateau... C'est même pas aléatoire : le réalisateur a choisi consciencement les pires moments. Je suis tout de même déçu de pas avoir vu Magellan constipé aux toilettes, ça manque. Malgré cette lenteur atroce, ce rythme mortel, et le souhait explicite de coller à l'histoire réelle, il reste des extraits de romanesque totalement incongrus : à la fin de la bataille finale, Magellan est le dernier à errer parmi les cadavres, lui-même blessé fatalement, trouve son fils mort, et s'effondre ensuite. J'ai dû me retenir pour pas rire.
Il y a encore pire que ça, même si ça paraît impossible : l'hermétisme du film. Si vous n'êtes pas un biographe officiel de l'explorateur (ce n'est pas mon cas), vous n'y comprendrez rien. Aucun contexte n'est donné, aucune indication, on ne sait pas où on est, quand, quels sont les personnages, qu'est-ce qu'ils foutent là, pourquoi ils font ce qu'ils font, etc. Un seul exemple : à un moment on dirait qu'il y a des coups de canon entre bateaux de la flotte. Quand ? Pourquoi ? Comment ? C'est pas expliqué, et c'est d'ailleurs très vite oublié. Alors soit c'est pour donner plus de naturel et de fluidité au film, dans ce cas-là c'est totalement raté puisque tout le monde est totalement perdu et on décroche du film. Soit c'est juste parce que le réalisateur ne souhaite s'adresser qu'à des érudits. Dans ce cas-là c'est réussi, puisque le succès du film ne sera qu’extrêmement confidentiel. Le pire du pire, c'est qu'à la toute fin du film, il y a une voix off d'un personnage qui explique ce qu'il vient juste de se passer (sinon c'était vraiment impossible à comprendre). Comme si juste à la fin, le réalisateur nargue les spectateurs en disant "eh ouais, en vrai j'aurais pu faire des voix off comme ça tout le temps, ça aurait été cool hein, mais j'ai eu la flemme sorry not sorry". Pathétique.
L'inspiration la plus directe du film est sans doute Aguirre, où des explorateurs européens s'enfoncent dans l'Amazonie, film délirant et hermétique s'il en est. Mais la comparaison fait très mal. Magellan en est une bien pâle copie, il a juste repris l'esthétique (des costumes bariolés dans la jungle sous un ciel tristement gris) et oublié toutes les autres qualités de son modèle (l'ambition, la vision, la folie, l'exubérance, l'absurde... et le scénario surtout). J'imagine que l'objectif était de faire un film anti-hollywoodien. Cependant, il y a sans doute un juste milieu entre l'action à l'extrême et la non-action, entre un contexte envahissant et une absence totale de cadre. A un moment donné, des habitants d'une île écoutent un discours de Magellan. Ils n'y comprennent évidemment rien, puisqu'ils ne parlent pas la même langue, et sans doute qu'ils en ont rien à battre de toute façon. Pendant 2h40, les spectateurs sont comme eux. Alors courage, fuyez.
Créée
le 3 janv. 2026
Critique lue 134 fois
9
2564 critiques
Je ne connais quasiment pas le cinéma de Lav Diaz et je lance donc ce film sans trop savoir à quoi m'attendre. Je me retrouve face à un antibiopic, un film qui ne commence pas par l'enfance de...
il y a 4 jours
3
10 critiques
Je n’ai aucune légitimité à écrire une critique crédible sur ce film, ayant quitté la salle au bout de 45 mn (le film dure 2h45). Mais je tiens à exposer les raisons pour lesquelles je suis partie,...
le 1 janv. 2026
7
334 critiques
« Magellan » est un très beau film, à la fois âpre et élégiaque, qui met à mal le mythe du grand navigateur et conquérant, pour livrer le point de vue des Philippins face à la colonisation...
le 1 janv. 2026
5
480 critiques
J'étais enthousiaste à l'idée d'aller voir Le mal n'existe pas : un film japonais, contemplatif et esthétique, un conte écologique, le tout par Ryusuke Hamaguchi, le réalisateur de Drive my car, un...
le 13 avr. 2024
5
480 critiques
Look Back est un objet curieux. Tiré d'un manga de l'auteur à succès de Chainsaw Man, manga hyper connu et gore à souhait, il dépeint ici l'apprentissage du manga par deux adolescentes qui vont...
le 29 sept. 2024
8
480 critiques
Oui (traduction littérale du "ken" hébraïque) est un film chaotique. Mais commençons directement par ce qu'il n'est pas : un film polémique. Présenté comme un brûlot à la limite de l'antisionisme,...
le 22 sept. 2025
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème