Une antithèse de "1492 : Christophe Colomb"

J'ai trouvé dans ce film du positif comme du négatif, le second prenant tout de même largement le pas sur le premier. Je vais commencer par le positif, à savoir la déconstruction de l'image des grands explorateurs de la renaissance, largement glorifiés dans l'imaginaire collectif des sociétés occidentales et totalement intégrés dans les romans nationaux. Alors que Diaz nous montre Magellan comme une brute aux méthodes expéditives, enrobée dans une bonne couche de bigoterie. Qui, c'est vrai, poursuit sa quête avec un acharnement qui peut susciter l'admiration, mais au prix du sacrifice de nombreuses vies humaines et sans jamais montrer la moindre empathie envers quiconque, y compris dans son entourage proche.

Le négatif, maintenant. Peut-être provient-il tout simplement d'une volonté de pousser à fond une entreprise de déconstruction. Et pour cela, de s'inscrire dans un formalisme à l'opposé total de films qui au contraire, glorifient ces explorateurs. Je pense évidemment à 1492, je n'en ai vu que la bande-annonce, mais ça suffit. Mais du coup, Magellan comporte à peu près tout ce que je n'aime pas en matière de forme pour un film : une image presque carrée, une absence quasi-totale de musique, de longs plans durant lesquels il ne se passe rien. Le film est long, très long, trop long, à cause de ces scènes d'une lenteur insupportable, surtout lorsqu'elles sont visionnées un lendemain de réveillon (ce dernier point n'étant pas imputable au réalisateur ;-)).

Et puis, il y a ce côté esthétisant, qui me hérisse au plus haut point. Le film se présente comme un enchainement de scènettes, extrêmement travaillées d'un point de vue esthétique (éclairage, couleurs, bruitages). Chacune d'entre elles est un véritable tableau et en possède d'ailleurs bien souvent l'immobilité. Notez bien que je respecte la quantité de travail qu'il a fallu accomplir pour réaliser cela, mais ce n'est définitivement pas mon truc. Non plus que celui des quelques spectateurs qui n'ont pas eu la même patience que moi et ont quitté la salle en cours de projection.

Donc, de mon point de vue, il y a à prendre et à laisser. Chacun se fera son opinion, selon le type de cinéma auquel il aspire.

Marcus31
5
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Vu au ciné en 2026

Créée

le 3 janv. 2026

Critique lue 428 fois

Magellan

Magellan

6

Le_Videoclub_

le 1 janv. 2026

Suivre

Mâle de mer

Un monolithe âpre, s'étalant sur près de 3h, sans aucune concession... Pas de doute, Lav Diaz est de retour en salles.Le cinéaste philippin livre une nouvelle fois un objet de cinéma brut, sous la...

Magellan

Magellan

3

Zorazur

le 1 janv. 2026

Suivre

Quel ennui...

Je n’ai aucune légitimité à écrire une critique crédible sur ce film, ayant quitté la salle au bout de 45 mn (le film dure 2h45). Mais je tiens à exposer les raisons pour lesquelles je suis partie,...

Magellan

Magellan

7

ArthurDebussy

le 1 janv. 2026

Suivre

A la découverte de l'homme derrière la légende

« Magellan » est un très beau film, à la fois âpre et élégiaque, qui met à mal le mythe du grand navigateur et conquérant, pour livrer le point de vue des Philippins face à la colonisation...

Papy fait de la résistance

Papy fait de la résistance

10

Marcus31

le 2 sept. 2015

Suivre

Ach, ce robinet me résiste...che vais le mater

Ce qui frappe avant tout dans ce film, c'est l'extrême jubilation avec laquelle les acteurs semblent jouer leur rôle. Du coup, ils sont (presque) tous très bons et ils donnent véritablement...

Histoire de ta bêtise

Histoire de ta bêtise

10

Marcus31

le 15 avr. 2019

Suivre

A working class hero is something to be

Un pamphlet au vitriol contre une certaine bourgeoisie moderne, ouverte, progressiste, cultivée. Ou du moins qui se voit et s'affiche comme telle. On peut être d'accord ou non avec Bégaudeau, mais...

Madres paralelas

Madres paralelas

5

Marcus31

le 14 déc. 2021

Suivre

Qu'elle est loin, la Movida

Pedro Almodovar a 72 ans et il me semble qu'il soit désormais devenu une sorte de notable. Non pas qu'il ne l'ait pas mérité, ça reste un réalisateur immense, de par ses films des années 80 et du...