Un réalisateur renommé tourne un film social sur des employés qui essaient de sauver leur usine. Cependant, l'ambiance se passe mal, entre les desiderata des producteurs qui veulent une fin différente du script au risque de compromettre financièrement le tournage, un acteur principal qui se met un peu trop en avant au point de remettre en question le scénario, tout va de mal en pis. C'est alors que ce réalisateur, joué par Denys Podalydès, confie à un jeune figurant le soin de faire un making of.
Tourné la même année que Le procès Goldman, Making montre bien la diversité de Cédric Kahn, en faisant ici une comédie sur la façon de faire des films. On pense bien sûr à La nuit américaine, mais aussi au Livre de solutions, et surtout à Ça tourne à Manhattan, qui parlait aussi d'un tournage se passant mal. Ce qu'il montre très bien, c'est qu'être dans le cinéma est comme rentrer dans les ordres, où durant un tournage le monde n'existe plus, et que tout est focalisé sur ces plateaux, en l'occurrence ce film social à la Philippe Lioret où il y a une sorte d'adrénaline, comme une décharge de folie où toute l'équipe semble accro, en dépit des conditions de travail. On le voit aussi à travers ce très beau dernier plan, où la réalité revient, tout semble plus fade d'un coup. J'avoue que le travail en lui-même dans ce tournage m'a passionné, voir comment Denys Podalydès perd peu à peu le contrôle du tournage, où un de ses producteurs joué par Xavier Beauvois essaie de trouver à tout prix des fonds, l'acteur principal joué par Jonathan Cohen passe pour le connard de service (rôle décidément dans lequel il excelle) en voulant s'imposer.
L'interprétation est excellente, y compris celle de Stefan Crepon et Souheila Yacoub, respectivement l'aspirant cinéaste responsable du making of et l'actrice principale, mais je trouve que leur romance prend trop de place, mais là encore, l'influence vient de La nuit américaine. Et l'image est quand même bien moche, à tel point que je voyais tout le temps du gris... Malgré ça, il est toujours intéressant de voir un film sur un cinéma en train de se faire, et que malgré les crises et les époques, les soucis sont au fond les mêmes. A savoir que ça n'est pas un long fleuve tranquille, mais le chemin est excitant.