Le cinéma fantastique espagnol n'en finirait-il plus de ramasser ses dents ? Paumé entre une image de marque de plus en plus toc et périmée (Del Toro, devenu label de supermarché plus qu'auteur à part entière) et un thème central aparemment inapte à se renouveler (la maternité, parce que oui ! c'est triste de perdre son enfant), c'est la quasi-totalité du genre qui pédale dans la choucroute en resservant, film après film, la même plâtrée réchauffée et sans sel. On ne répond plus qu'à des espèces d'impératifs de production, on se contente de remplir un cahier des charges immuable, prévisible et mou caché sous les oripeaux franchements grossiers de la « poésie » et de l' « ambiance ». Ces prétendues qualités ne figuraient pas dans « L'Orphelinat », téléfilm autoproclamé chef de file du genre, pété de thunes et à mi-chemin entre une pub Nutella et l'horreur Z de l'Argento de 2010 ; pas non plus dans la plupart de ses suiveurs ou prédécesseurs proches qu'ont constitué une bonne partie des films de la clique espagnole actuellement à l'œuvre : Amenabar, Balaguero, Cerda, Del Toro lui-même qui ne semble plus bon qu'à se répéter en boucle comme un vieux vinyle. Il semble tout à fait naturel de voir ce dernier au générique de « Mama » dont le titre on ne peut plus explicite invite déjà à la méfiance. Oui, oui ! Vous avez bien compris : on va parler d'une maman.

Sans surprise, il ne faut pas dix minutes au film pour agacer. Cela tient d'abord à ce décorum chic et toc qui fait l'apanage du fantastique bon goût, cette photo volontairement lisse et poussiéreuse en exagération permanente dans les tons froids ou chauds. Vient ensuite cette symbolique écrasante de grossièreté, qui empêche jusqu'aux plus brefs moments d'identification avec des personnages vides et sans charisme : presque rien n'est crédible, c'est exagéré, plat, bête, comme s'il fallait absolument prendre son spectateur pour un crétin fini – c'est, peut-être, ce qu'il mérite... Donc, une petite fille porte des lunettes qui se brisent après un accident de voiture spectaculaire : elle ne va, bien sûr, pas les enlever, mais les laisser sur son nez, malgré les verres fissurés qui empêchent toute vision, se plaignant de ne plus rien voir lorsqu'on les lui ôte. Un vieillard tombe nez à nez avec deux monstres doués du pouvoir de téléportation et se déplaçant à quatre pattes en grognant : le réflexe n'est pas de partir, mais d'appeler les copains parce qu'il a retrouvé les filles. Et puis il y a ce fameux fantôme, espèce de bouillie numérique dont l'absence ou la présence laisse indifférent, éternelle figure maternelle en souffrance qui apparaît de manière toujours très prévsible sur des accompagnements musicaux d'une lourdeur épuisante.

Le film aligne ses petits screamers frelatés, s'amuse à faire planer le doute lors d'une poignée de plans séquences ingénieux, alors oui, on sursaute parfois très vaguement, il y a même cinq minutes très singulières d'un cauchemar à la première personne où se déploient deux bras squelettiques de chaque côté de l'écran – la seule séquence d'horreur à la fois efficace et innovante qui traversera le film. Pour le reste, c'est une heure et demie de déjà-vu, une enfilade de clichés forcés, incroyablement ennuyeux, qui déroulent le catalogue du fantastique espagnol avec une application scolaire, sans âme, légèrement méprisante vis-à-vis d'un public pourtant bouffi de ce genre de productions. On ne s'étonnera même pas de voir que les bons films fantastiques espagnols sont aujourd'hui le plus souvent tournés à l'étranger, versant dans une angoisse aux thématiques et aux mécanismes différents (« Inside », « La Maison de cire ») ; on ne s'étonnera pas non plus de voir qu'ils se font tout de même battre à plate couture par un cinéma américain désormais davantage force de proposition, et dont l'une des qualités est, ironie du sort, d'abandonner progressivement le tout-numérique pour revenir à une terreur organique, à des monstres de chair ou de boulons. Les mêmes monstres qui ont été popularisés il y a bien des années par... Del Toro, du temps où il était encore autre chose qu'une marque.
boulingrin87
4
Écrit par

Créée

le 19 mai 2013

Critique lue 350 fois

Seb C.

Écrit par

Critique lue 350 fois

1

D'autres avis sur Mama

Mama

Mama

8

Softon

175 critiques

Mamá, Gérardmer te salue !

Mamáááááá (b)ouhouuuuuuuuu !! Soit vous interprétez cette introduction façon Bohemian Rapsody de Queen et vous n'aurez pas tort non plus, soit je vous conseille d'imaginer ce film qui a fait...

le 6 févr. 2013

Mama

Mama

5

Pravda

414 critiques

Mamaaaaaa OUUUUUOOOUUUUUOOOUH -ceciestunfantôme-

Waouh un film d’horreur diffusé dans le ciné à deux pas de chez moi ! C’est pas tous les jours ! (le charme des petites villes de province…) Zyeutage de la bande-annonce qui sans renouveler le genre,...

le 10 juin 2013

Mama

Mama

7

Gand-Alf

2256 critiques

Instinct maternel.

Grand Prix à Gerardmer en 2013, "Mama", co-production entre l'Espagne et le Canada, est l'adaptation du court-métrage du même nom également réalisé par Andres Muschietti. Débutant son film par la...

le 15 juin 2014

Du même critique

Au poste !

Au poste !

6

boulingrin87

370 critiques

Comique d'exaspération

Le 8 décembre 2011, Monsieur Fraize se faisait virer de l'émission "On ne demande qu'à en rire" à laquelle il participait pour la dixième fois. Un événement de sinistre mémoire, lors duquel Ruquier,...

le 5 juil. 2018

The Lost City of Z

The Lost City of Z

3

boulingrin87

370 critiques

L'enfer verdâtre

La jungle, c’est cool. James Gray, c’est cool. Les deux ensemble, ça ne peut être que génial. Voilà ce qui m’a fait entrer dans la salle, tout assuré que j’étais de me prendre la claque réglementaire...

le 17 mars 2017

The Witcher 3: Wild Hunt

The Witcher 3: Wild Hunt

5

boulingrin87

370 critiques

Aucune raison

J'ai toujours eu un énorme problème avec la saga The Witcher, une relation d'amour/haine qui ne s'est jamais démentie. D'un côté, en tant que joueur PC, je reste un fervent défenseur de CD Projekt...

le 14 sept. 2015