Il y a deux manières de parler de la ruralité et de ses habitants. Il y a celle de Jean-Pierre Pernaud, naïvement convaincu que nous vivons tous dans le village du père Noël, à fabriquer de jolis sabots, à aimer notre voisin et à manger de bonnes soupes de légumes dont la recette nous a été léguée par notre grand-mère. C'est à mon sens une façon ignorante et condescendante de considérer la province qui est malheureusement beaucoup trop répandue.

Il y a aussi, fort heureusement, la manière de voir façon Deschiens et Groland à travers ce film, beaucoup plus frontale et directe et refuse de s'encombrer d'artifices et de romantisme de caniveau. C'est évident, on est souvent dérangé par cet humour qui fait parfois rire jaune, on se demande souvent si l'on rit avec les personnages ou malgré eux mais peu importe, le fond de l'histoire est toujours respectueux et très souvent touchant.

Depardieu est un ours authentique, acceptant avec avec stoïcisme d'apprendre qu'il est con, mais il est également hanté par une histoire d'amour qu'on imagine hors du commun et qui s'est terminé par un drame. Ce drame à l'avantage de donner de l'épaisseur à son personnage, mais d'une manière tout à fait naturelle, on en vient même à se demander s'il n'était pas totalement quelqu'un d'autre avant que survienne cet événement.
Il est amoureux d'une Yolande Moreau au diapason, tout aussi silencieuse que lui, entre eux on comprend que l'amour, s'il y en a jamais eu, a cédé la place à une tendresse infinie. Ici, la finesse de Kervern et Delépine est de nous faire comprendre que la beauté de quelqu'un vient avant tout de sa beauté morale, à travers cette relation remplie de silences, on devine entre les deux personnages quelque chose de fort et qui n'appartient qu'à eux.

C'est pour moi un film totalement à contre-courant, démontrant à travers un cours sur la cuisson du jambon ou un puzzle offert en guise de cadeau de départ que nous sommes tous, à notre manière et à notre niveau doté d'une culture personnelle qui n'a pas moins de valeur. Beaucoup y ont vu une agression des plus basses couches de notre société mais c'est le contraire. Les "petites gens" comme certains les appellent, sont ici montrées dans leurs réalités sociales et culturelles et c'est beaucoup plus beau à voir que ce qu'on imaginait, sans besoin d'enjoliver. On se découvre de l'affection pour ces magnifiques personnages d'une solidarité inébranlable et qui comprennent que le bonheur peut être dans la simplicité sans que cela signifie que l'on est simple sois-même.
Evidemment, on nous réserve de bons éclats de rire par des situations et des répliques totalement décalées, Groland est passé par là. Depardieu forçant un chariot à passer entre deux voitures, sa nièce affublée d'un certain retard mental et qui annonce à un recruteur qu'elle a écrit un CV sur du papier toilette avec le sang de ses règles, l'état de panique dans lequel se retrouve alors le recruteur est alors un vrai bonheur.

En plus de tout cet humour, il est finalement rassurant de se rendre compte que Depardieu est toujours un immense acteur mais qui fait beaucoup de très mauvais choix, ici le choix était bon.
Jambalaya
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le 19 nov. 2012

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Jambalaya

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