On serait bien en peine de déceler dans ce petit film-fable une identité au cinéma géorgien : le style s’y dilue dans la soupe du cinéma d’auteur international. Il y a cela dit quelque chose de tellement naïf, dans cette façon de rejouer vaillamment ce petit huis-clos symbolique (deux ennemis vont devoir s’apprécier par-delà la guerre), comme si le cinéma n’était pas déjà cent fois passé par là, que l’honnêteté simplette du projet peut toucher. Le final surprend également le programme attendu du scénario, et l’on peut saluer le film pour son humilité : ne jamais utiliser ses vieux en vue d’un décalage comique feignasse, ni ses mandarines comme originalité surlignée. Le cinéaste entend plutôt mettre en scène un homme mûr, responsable, calme et raisonné, observé avec un respect bienvenu. Reste qu’on se demande bien (ou plutôt pas, malheureusement) ce qui a pu justifier le succès festivalier d’un film si commun, jusqu’à sa nomination aux oscars. Et qu’on peut s’interroger sur le choix de personnages principaux estoniens, regard neutre sur un conflit où les deux parties sont platement remises à égalité : se réfugier encore une fois dans les facilités de la fable (une guerre pour toutes les guerres, au diable les ambigüités du contexte et l’inconfort d’un point de vue) peut se lire comme une vision politique assez lâche.
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