Manglehorn, trés bien interprété tout en nuances par Al Pacino, est un serrurier qui fait craquer pas mal de serrures, façonne plusieurs clés et a du mal à se coltiner avec son existence depuis le départ de la seule femme qu'il a aimé. Semblant fâché avec beaucoup de ses semblables, l'homme cache des parcelles bien gardées de générosité avec sa petite fille, les petites discussions du Vendredi avec une employée de banque ou encore ses vieux copains du foyer avec qui il se souvient. C'est aussi un vrai "maître-poule" avec son animal Fannie, une chatte, qu'il couve comme l'un de ses propres enfants (ou même mieux car ses rapports avec son fils Jacob sont compliqués).
Manglehorn, usé par une existence à laquelle il ne trouve plus guère d'intérêts, est cependant un être qui arrive à donner à son prochain. C'est ce qui fait la beauté du vieil homme qui n'est pas complètement devenu cynique et asocial tel Diogène en son tonneau. Ce film, trés habilement et trés subtilement, décrit aussi la complexité des rapports humains où les intentions des uns sont souvent mal interprétées par les autres, où les gens d'une même famille n'arrivent pas à cohabiter vraiment malgré les années passées à se connaître. Manglehorn, d'ailleurs assume sa forme "indé" et ne cherche pas à fédérer autour de son histoire mais juste à laisser voir la fin de route d'un homme qui va finalement évoluer par son acceptation d'une nouvelle façon de voir les choses sans se renier une seule seconde. Le petit bémol reste sur la tonalité générale du film qui aurait mérité des moments de pure comédie qui auraient trouvé une résonance avec la personnalité riche du serrurier.