Vagues notes de 2015, publiées en 2022:
Même si je me souviens et aime surtout mon Pacino, Holly Hunter n'est pas du tout une potiche: sinon elle n'aurait pas accepté ce rôle.
Merci à la liste d'OVBC découverte en 2016, Un_seul_être_vous_manque_et_tout_est_dépeuplé, qui m'avait alors de suite fait repenser à ce film et enfin commencer ces quelques mini notes que j'avais ensuite abandonnées tant elles ne sont pas à la hauteur de mon bon souvenir du film.
Pacino a choisi ce rôle car son personnage est un amoureux perdu: un être lui manque, mais il continue sa vie et sa belle profession dans un monde très habité mais quasi dépeuplé à ses yeux...il est par exemple aveugle à la guichetière pourtant amoureuse de lui.
Il joue un bon serrurier/cordonnier dont tous les clients sont satisfaits ...mais il lui manque des clés.
Il arrive à faire croire en ce personnage simple alors qu'on l'a vu dans tant de rôles: grâce à son talent et techniques acquises au théâtre (il rend ce miracle possible).
Pour tous, son personnage parait intégré et heureux.
Or il souffre de l'absence d'un être.
C'est l'histoire de ce manque qui va remplir toute sa vie: ce manque est vu comme un petit animal qui se déplace dans sa tête et qui va tant grossir qu'il va tout prendre au point d'aveugler son hôte...sauf dans ses tâches quotidiennes quasi automatiques.
Dans ce cas, l'autre devient un enfer invisible car son personnage est aveugle à la vraie vie non virtuelle, à la vie pleine de nouvelles opportunités qui s'offrent à lui.
Le plus beau, et le coeur du film, étant que , comme Cyrano de Bergerac /1897, ...il passe son temps à écrire à LA personne.
Pourtant, les lettres lui reviennent "inconnue à cette adresse" ou "refusée" (on le sait dés le début; ce qui rend le film encore plus émouvant).
L'abandonné va sans cesse dans son bureau au fond de son magasin: bureau fermé à clé, le spectateur est laissé en dehors de ce bureau très très longtemps, comme des coulisses secrètes de la p'tite pièce de théâtre qu'offre l'esseulé à son p'tit monde...zombie prétendant vivre alors qu'amoureux transi , mort depuis longtemps?
On découvre plus tard l' intérieur de ce bureau qui au cours du temps a été transformé en quasi tombe égyptienne.
Tombe et musée dédiés à cet amour défunt du passé...bourré jusqu'au plafond d'artefacts en l'honneur de cet amour perdu...photos...lettres qui empêchent Al de voir que sa superbe banquière, Holly Hunter , est folle de lui ...etc.
Toutes ces années après, alors que je n'ai pas encore revu ce film découvert en salle, il me revient enfin l'image d'une barque abandonnée, échouée, non utilisée, qui me semble désormais la métaphore de ce beau personnage en cale sèche émotionnelle.
Pacino et Hunter se retrouvent autour de cette barque et hors-champ, on imagine enfin un film de Renoir?