C'est un filon qui n'en est qu'à son début d'exploitation et qui n'a sans doute pas fini de prospérer au sein du cinéma de genre : la mise à mal du récit colonial qui recèle bien des horreurs et auquel s'ajoute opportunément la dénonciation des abus éhontés du patriarcat. Memento maori : Mārama s'engouffre dans la brèche, tout en respectant les codes de l'épouvante, graduellement exposés, un peu de manière brouillonne, au départ, alors que l'énigme principale n'a rien de complexe, une fois explicitée. Gothique, grotesque, grandiose, le premier long métrage de Taratoa Stappard a des arguments de poids à faire valoir et les réserve en grande partie pour son dénouement décomplexé qui décapite littéralement toute velléité de lui opposer un peu de mesure, eu égard à une certaine euphorie qui ne peut manquer de nous harponner, y compris pour le goût douteux qui y est étalé. Pour être honnête, Mārama met du temps à révéler sa vraie personnalité, mais ce n'en est que meilleur par la suite, tout en ayant dès les premières images une identité visuelle marquante, quoique relativement conforme à ce que l'on attend d'une intrigue se déroulant dans un manoir sinistre du Yorkshire, aux alentours de 1850. Ajoutons que les interprétations, en particulier féminines sont d'un très haut niveau. Et le passé douloureux de la Nouvelle-Zélande, dans tout cela ? Il est bien présent quoique dissimulé, derrière les miroirs et sous les tapis, et ne demande qu'à resurgir, en une sanglante évidence.