Anthony Mann, excellent réal de westerns fatalistes certes mais j'ai toujours eu un faible pour ses films noirs (l'immense "La rue de la mort" dont je reparlerai, ou "La cible vivante") et autres polars façon procedural ("La brigade du suicide"). Film d'évasion et de cavale criminelle sur fond de manipulation et de trahison, "Marché de brutes" est peut-être celui où culmine son talent de metteur en scène et de narrateur visuel sombre et sans concession, avec une économie de moyens qui préfigure Aldrich ou Fuller et des jeux d'ombres et de lumière très symboliques, typiques du film noir dont on retrouve ici la fatalité et l'impossible rédemption, via son personnage principal tiraillé entre deux femmes symbolisant deux trajectoires de vie et deux milieux entre lesquels il est de toute façon trop tard pour choisir. Sec, tendu et violent, romantique mais sans le glamour de l'époque, le film imprime un sentiment de paranoïa à ses cadrages qui n'est pas sans évoquer Orson Welles période "La dame de Shanghai", c'est dire la qualité et la modernité de ce petit bijou malheureusement resté obscur dans la filmo de l'auteur de "Winchester '73".