Marie,une jeune fille de 17 ans, au regard pur et qui ressemble à une poupée à la façon dont elle est habillée, rentre dans une boutique de poupées anciennes, et le patron en tombe fou amoureux. Il décide de l'épouser, et d'en faire littéralement sans poupée, mais sans consommer l'acte sexuel, ce qui va frustrer Marie, lassé de ces jeux.
Joël Séria a réalisé huit films, dont cinq dans la seule décennie 1970, mais tous vont être marquants ; Mais ne nous délivrez pas du mal, Charlie et ses deux nénettes, Les galettes de Pont-Aven, celui-ci et C... comme la lune. On peut penser que Marie-Poupée, qui peut-être vu comme une ode à Jeanne Goupil, son actrice fétiche (et épouse), est une projection fantasmatique, mais j'y vois quelque chose de féministe, sur l'absence du désir féminin qui ne demande qu'à s'exprimer, mais aussi quelque chose de terrible sur les hommes, aussi bien André Dussolier, qui est ce mari lisse au possible, que Bernard Fresson, celui par qui tout va basculer.
La scène de la nuit de noce est à ce titre révélatrice de ce qui tourne dans la tête des deux époux ; lui la déshabille pour la manipuler à la manière d'une poupée, sans vouloir lui faire l'amour, et elle accepte au départ, persuadée sans doute que cela fait partie d'un jeu coquin. Tout le film est dans cette dichotomie permanente entre les deux, et il faut dire que tous sont excellents, y compris les personnages les plus secondaires comme Andréa Ferreol ou Fanny Ardant, dont ce fut le premier rôle.
Marie Poupée est clairement le genre de projet totalement infaisable à notre époque, dans le sens où il serait comme la vision d'une femme objet. Mais il y a plus que ça dans le désir d'une femme de s'émanciper d'une vie sans doute médiocre en voulant devenir autre, ce dont elle en paiera le prix, au terme d'une boucle finale plutôt osée d'ailleurs.