Une satire jubilatoire de l'Amérique post-Guerre froide, d'une maîtrise parfaite. Burton signe un film dosé avec justesse, c'est-à-dire excessif et délirant. En tirant le fil du burlesque, il dresse, volontairement ou non, le portrait hilarant de deux Amériques : celle qu'elle croit être, optimiste, diplomate, rétive à la guerre, se posant en représentante de l'humanité entière ; et celle qu'elle est le plus souvent, incarnée par des martiens arrogants, belliqueux, cruels et envahissants.
Inutile de dresser le catalogue des gags et des clichés que mobilise ce casting cinq étoiles. On retiendra les politiques et les journalistes obsédés par l'image, les rednecks bornés et cocardiers (Jack Black en troufion), ou les jouisseurs de Las Vegas qui ne voient dans l'invasion qu'une opportunité commerciale. Les personnages afro-américains échappent en revanche à la moquerie. Absorbés par les soucis du quotidien (aller à l'école, travailler, négocier avec un patron pour revoir sa famille), ils sont du côté des survivants, et le boxeur de Jim Brown porte peut-être le seul arc véritablement noble du film. Le monde n'est pas sauvé par ses élites, mais par ses marginaux et ses ringards.
Un an après Ed Wood, hommage à l'auteur de l'infâme Plan 9 from Outer Space, Burton emprunte l'esthétique criarde du nanar pour tourner la menace extraterrestre en dérision. Il y décline le motif qui traverse toute son œuvre : la mort comique. Il purge ainsi le monde de la peur, en rendant ridicule et dérisoire ce qui est au cœur de toute histoire humaine.
17/20