Marty Supreme raconte la vie de Marty Reisman, joueur de tennis de table new-yorkais, aussi talentueux qu’insupportable. Égocentrique, autocentré, flirtant avec l’abus de sa propre personne, il méprise les autres, entièrement dévoré par une obsession, devenir le meilleur. Un ambitieux pur jus, certes, mais surtout un miséreux sans pognon, errant dans un New York poisseux où chaque dollar est arraché à la dignité. Très vite, le film met de côté le sport. Le tennis de table devient secondaire, presque un alibi scénaristique. Marty Supreme n’est pas vraiment un film sur le ping-pong, mais sur une quête obsessionnelle d’argent. Marty passe son temps à chercher comment réunir 1500 dollars, la somme nécessaire pour participer à un tournoi au Japon, présenté comme la terre sainte du tennis de table, là où se concentrent les meilleurs joueurs du monde. Cette recherche d’argent devient le vrai moteur du récit, éclipsant totalement l’amour du jeu. Et cette quête va très loin. Trop loin. Pour atteindre ces fameux 1500 dollars, Marty est prêt à tout, y compris à se rabaisser de la manière la plus pathétique possible. Le film le montre acceptant des situations profondément humiliantes, jusqu’à finir littéralement fesses à l’air devant des vieux, se faisant taper le cul avec une raquette par un vieux friqué, simplement pour gratter quelques billets. Ce n’est ni provocant, ni subversif, ni drôle. Juste gênant. Une accumulation de scènes censées illustrer jusqu’où va son obsession, mais qui finissent surtout par rendre le personnage misérable sans jamais le rendre intéressant.
Sur le papier, ce portrait d’un homme prêt à vendre son âme pour un rêve aurait pu être fort. À l’écran, il est plombé par son interprète principal, Timothée Chalamet. Toujours aussi peu charismatique, avec son physique d’adolescent frêle, il ne parvient jamais à imposer la moindre aura. Pour incarner un ego démesuré, un personnage toxique et dominateur, il manque cruellement de présence. Résultat, Marty n’est pas fascinant, il est juste pénible. Le film, long de 2h29, accentue encore cette lassitude. Les situations se répètent, manque d’argent, combines douteuses, humiliations, obsession du Japon. Peu de progression dramatique, peu de tension, et un rythme qui s’enlise. Quant aux matchs de tennis de table, ils sont traités de manière totalement anecdotique. Mise en scène plate, absence de plans travaillés, aucune folie visuelle. Le sport n’est jamais sublimé, jamais mis en valeur. Il est là, en arrière-plan, comme une simple formalité narrative.
Paradoxalement, le film m’a quand même rappelé ma passion d’enfance pour le ping-pong. J’ai longtemps joué en club, fait des compétitions, avant d’arrêter à cause d’un changement de club et d’une direction que je n’ai jamais supportée. Cette nostalgie ne vient pas du film, mais du sport lui-même, que Marty Supreme ne comprend visiblement pas.
Au final, les seules choses réellement réussies du film sont presque hors écran, une énorme campagne de promotion, et cette fameuse veste collector devenue objet de hype, aujourd’hui revendue une couille sur Vinted et eBay.
Marty Supreme n’est donc ni un grand film sportif, ni un pseudo faux biopic marquant. C’est surtout le récit répétitif d’un type obsédé par 1500 dollars, prêt à perdre toute dignité pour un billet vers le Japon, pendant que le tennis de table, pourtant au cœur du sujet, reste tristement relégué au second plan.
Si Marty Supreme repart avec une statuette aux Oscars, ce sera la victoire du packaging sur le fond. Une récompense pour une veste collector hors de prix et une campagne marketing bien huilée, pas pour un film qui comprend son sujet ou qui respecte le sport qu’il prétend raconter.
Bref, nominations absurdes, film oubliable.
Et s’il gagne quelque chose, ce sera surtout la preuve que les Oscars confondent encore trop souvent buzz et talent.