J'avais été moyennement emballé par "Uncut Gems" : trop long, trop répétitif, trop de mauvaises décisions chez le protagoniste. Aussi j'étais un peu dubitatif à me lancer dans "Marty Supreme", drame de 2h30 de Josh Safdie où l'on suit à nouveau un protagoniste antipathique qui accumule les tuiles. Mais les avis positifs m'ont convaincu d'y aller en salles... et je n'ai pas été déçu !
"Marty Supreme" s'inspire de vrais pongistes, dont Marty Reisman. Mais le long-métrage embrasse complètement la fiction, pour décrire le parcours de ce joueur dans l'univers du ping pong des années 50, encore très underground.
J'ai vu le film comme un véritable doigt d'honneur aux biopics sportifs. On évite la sempiternelle structure d'ascension et de descente, pour privilégier une série de chutes chez un protagoniste odieux. Et l'on a le droit à des situations ou séquences osées (dont un "châtiment" mémorable !), que l'on aurait jamais retrouvé dans un biopic policé.
La durée luxueuse demeure le seul vrai point faible du film. Sinon c'est très bon sur la forme. Des acteurs au top, dont Timothée Chalamet qui campe ce pongiste juvénile imbuvable et imbu de lui-même, manipulateur, égocentré. L'arc narratif visant à voir si à travers ses galères, ce personnage va retrouver une boussole morale et le sens des responsabilités.
La reconstitution est impeccable, la photographie vintage très chouette (le gros a été tourné en 35mm). Et les gros plans réguliers permettent de bien garder l'ensemble sous tension, de même que la BO façon 80's anachronique.
Pour l'anecdote, un final beaucoup plus délirant avait été imaginé par Josh Safdie et son scénariste Ronald Bronstein, avant que le studio ne mette le holà.
Il était prévu un épilogue où Marty se balade avec sa petite fille dans les années 80... et tombe sur Milton Rockwell tel qu'il l'a connu en 1952. Celui-ci est bel est bien un vampire, comme il l'avait annoncé au Japon, et mord Marty !!!