On va dire que Marty Supreme m'inspire plus un billet d'humeur qu'une critique. Le film, certainement, vaut le coup, vaut la peine d'être vu. Il est trépidant, bourré de péripéties loufoques, improbables, délirantes, frénétiques. Il dure deux heures trente et franchement, on ne s'ennuie pas une seconde, on n'a pas le temps de souffler, ni même de réfléchir, pendant tout ce temps. On fait une incursion dans le New-York des années cinquante (la ville et l'État environnant), la reconstitution est très correctement faite et on prend un vrai plaisir à côtoyer le petit monde burlesco-hystérique dans lequel évolue Marty Mauser, jeune Juif teigneux et arriviste, gringalet mais néanmoins champion américain de tennis de table, qui n'a que ce moyen, son adresse à taper dans une balle de ping-pong, pour s'affirmer, gagner sa croûte et qui (pour satisfaire son ego ?) veut absolument remporter le championnat du monde de son sport qui va se dérouler à Tokyo (Japon). Y arrivera-t-il ? Qu'y gagnera-t-il ? Aux côtés de Marty, on s'amuse, on rit, de ses succès, ses malheurs, ses exploits ; on est époustouflé, diverti, admiratif de la distribution incarnant les protagonistes de cette aventure échevelée ; on oublie ses propres soucis le temps de la séance et, mon dieu, on ne réfléchit pas trop au contenu ou sens profond de la "soupe" que Josh Safdie nous sert. C'est mieux que bon, ça vaut largement "8". Très bien. Mais pour Marty, alias Timothée Chalamet, est-ce que ça valait le coup ? Est-ce que ça valait les coups pris ? Précisément, les coups de raquette de ping-pong sur son joli postérieur rose (même s'ils n'ont pas été aussi violemment assenés qu'on l'imagine en regardant la scène) ? Pour l'ensemble de sa prestation dans Marty Supreme et parce qu'il y dépoussière le vieux mythe de David triomphant par son astuce et sa détermination de tous les Goliath que le destin lui oppose, Chalamet a déjà reçu le Golden Globe du meilleur acteur et est donné grand favori aux prochains Oscars : suprême consécration, mais... est-ce qu'il ne se dira pas jusqu'à la fin de ses jours que, pour obtenir ces statuettes, il lui a fallu, entre autres, se faire fesser en public devant le monde entier ?
Toute activité humaine, dit l'Ecclésiaste, est "poursuite de vent".