Je n'ai jamais été un grand fan du cinéma des frères Safdie. "Good Times" je n'en garde aucun souvenir. "Uncut Gems", je me rappelle avoir été passablement irrité par ce film. Autant dire que "Marty Supreme" me laissait de marbre, même avec sa promo matraquée dans les médias, même avec la présence de Chalamet que j'aime beaucoup. En plus, le film était estampillé A24, petit studio qui avait su faire parler de lui après le "Hérédité" de Aster mais qui s'est mué en boîte bling bling.
Après avoir visionné le film, mon opinion n'a pas beaucoup changé sur les deux frangins (enfin, en l'occurrence ici, il n'y en a qu'un). Pire, j'ai eu la confirmation de ce que je pressentais : ils sont de bons faiseurs mais ça s'arrête là. "Marty Supreme" est bien réalisé, bien rythmé, bien interprété, mais je n'ai pas ressenti grand chose devant. Les Safdie sont des types doués sur le plan technique, avec quelques bonnes références cinématographiques mais leur cinéma tourne à vide.
Ici en l'occurrence, la référence est claire dès le début : Ben Safdie se prend pour Martin Scorsese. Tiens, c'est marrant, le cinéma de Scorsese m'emmerde aussi prodigieusement, comme par hasard. "Marty Supreme" pue le toc dès le début, lorsque retentit le "Forever Young"de pataud et artificiel de Alphaville durant le générique où des spermatozoïdes naviguent jusqu'à une ovule qui se superpose ensuite à une balle de ping-pong. Et ce genre de titre pop très 80's, il y en aura pas mal durant les 2h30 du film : Tear For Fears, Peter Gabriel, New Order... C'est presque un best of à ce niveau. Une B.O en constante décalage avec ses images, qui n'apporte pas grand chose à l'ensemble.
Le long métrage suit les pérégrinations d'un petit escroc attachant, rêvant de devenir un champion de ping-pong et capable pour ça de toutes les roublardises. Un pitch classique qui rappelle les autres films du duo. Et la mise en scène restera elle aussi en terrain connu : des avalanches de dialogues par très inspirés, du bruit, de la fureur et des courses effrénées. Tout ça fonctionne un minimum puisqu'on ne peut pas dire qu'on se fasse chier pendant les 2h30 que dure le film mais jamais je n'ai vraiment réussir à m'intéresser au sort de Marty ou des autres personnages. Je n'ai pas ressenti grand chose durant le film. Oh bien sûr, Timothée Chalamet assure. Il fait d'ailleurs beaucoup pour la réussite du long-métrage, il rend le personnage très attachant et si l'ensemble s'avère plutôt sympathique à regarder, c'est en grande partie grâce à lui. Bon, ce n'est pas vraiment une surprise, à l'époque de "Call Me By Your Name", il tirait déjà le film de Guadagnino vers le haut, mais comme sa prestation dans Dune ne m'avait pas marqué, c'était utile de rappeler qu'il est toujours un excellent acteur et qu'il mérite tous les louanges qu'on lui donne.
Ben Safdie ne parvient également jamais à filmer un match de ping pong pour le rendre intense ou viscéral. Quand d'autres avait réussi à transfigurer le sport à l'écran pour en faire une métaphore, qu'on pense au tennis chez le "Challenger" de Guadagnino, Safdie de contente de filmer le tennis de table sans jamais parvenir à le rendre excitant.
"Marty Supreme" reste donc, par conséquent, un sympathique divertissement, qui bénéficie du talent de Chalamet, qui voudrait se hisser comme un classique à l'image des oeuvres des grands cinéastes américain mais qui ne parvient jamais à dépasser le stade d'un bel objet qui s'oubliera assez vite.