Est-ce moi ou est-ce une tendance forte ? Il me semble que tous les films que j'ai pu voir en 2026 ont une durée de 2 heures ou plus. En tout cas, celui-ci fait 2 heures 30. Mais long ne veut pas toujours dire lent, même si c'est parfois le cas. Pas ici, quoiqu'il en soit. Là, c'est le genre de film que j'aime : du rythme, du rythme et encore du rythme. Un film trépidant, survitaminé, où il se passe plein de trucs, sans arrêt. Où ça gueule fort, ça parle vite, avec des événements saisissants, de l'inattendu. Et une musique super forte dans la bande-son : ça peut déplaire à certains, mais voilà un film pour lequel il est impossible de s'endormir en le visionnant.
En fait, le film dresse une sorte de portrait des classes populaires étasuniennes de l'après seconde guerre mondiale. Ça se passe pour l'essentiel dans un quartier juif de New-York (Brooklyn peut-être), mais je ne crois pas que ce point soit en définitive très important. Non, cela m'a plutôt fait penser au début de l'excellent roman "Sale temps pour les braves", avec des personnages toujours sur le fil du rasoir et tendus vers le but suprême : trouver du pognon pour pouvoir accomplir leurs desseins. Ici, ce n'est pas au billard qu'on parie (et qu'on arnaque), mais au ping-pong (je ne sais pas si cela recouvre une réalité historique, mais peu importe). J'ai quoiqu'il en soit trouvé la reconstitution plutôt réussie, avec les japonais et l'industriel des stylos qui apportent une touche pertinente de réalisme. Car c'est un film que l'on pourrait qualifier de réaliste, même si le scénario est évidemment peut-être un peu à rebonds pour être vrai.
On pourrait considérer le personnage de Marty comme un véritable salopard. Il est vrai qu'il est absolument prêt à tout pour réussir et qu'il va entrainer ses proches dans de multiples galères, pour ne pas dire plus. En même temps, sa détermination et son sens de la débrouille sont assez touchants. Et on va peu à peu s'apercevoir que c'est peut-être plutôt Rockwell qui est le véritable salopard, lui qui constitue le modèle de réussite vers lequel Marty veut tendre. Ce dernier pouvant être vu comme un individu pris dans un système qui ne lui laisse que peu d'alternatives, sinon vendre toute sa vie des chaussures dans une boutique minable de son quartier.
Je ne pourrais pas conclure sans ajouter que ce Marty est formidablement incarné par Thimotée Chalamet, qui en fait un jeune arriviste à lunettes boutonneux fort convaincant. Un jeune arriviste qui une fois arrivé (en quelque sorte) va finalement rencontrer une forme de rédemption. Une très bonne histoire initiatique tout ça, et qui approche celles concoctées par les plus grands réalisateurs étasuniens. Il y avait de l'ambition dans ce film, je trouve qu'elle a été atteinte.