Marty Supreme
6.9
Marty Supreme

Film de Josh Safdie (2025)

C'est un film que j'ai eu du mal à saisir. Je n'avais rien vu de Josh Safdie avant, donc je ne connaissais pas le style, le ton ou l'univers.


Pour le style, c'est assez clair, vitaminé, nerveux, s'approchant des comédiens et faisant beaucoup bouger la caméra pour créer une dynamique rythmée sur la durée du film, avec des variations dans les séquences d'action. Classique, efficace et permettant d'écarter l'ennui par l'énergie déployée (et le rythme visuel, donc, qui crée du mouvement pour prendre le spectateur avec lui), ce qui est déjà ça. On peut ajouter des manières un peu poseuses, presque dans l’esbroufe, la fuite en avant, à la manière de son personnage principal.


Pour le reste, il est nettement plus difficile de savoir exactement ce que le film cherche à raconter ou montrer. Lorgne-t-il vers une critique du rêve américain, vers un discours un peu plus subtil sur ce qu'il faut accepter pour accomplir son rêve, vers un simple récit d'apprentissage ?

Le problème, c'est déjà qu'il est dur de trancher et puis qu'il ne porte de toute façon aucune de ces possibilités de manière aboutie.


Si jamais il voulait nous montrer l'arrogance du rêve américain, son caractère illusoire, violent, narcissique, ravageur, comment expliquer dès lors que Marty finit par réussir dans son entreprise et que le pongiste dont le film est inspiré a réellement été un champion de tennis de table. Le rêve se réalise au moins un peu, désamorçant la charge.


Si jamais il voulait nous montrer un personnage qui est dirigé par une foi en son rêve et qui accepte tout un parcours d'humiliations pour y parvenir, le souci se situe dans le fait que c'est lui-même qui crée la plupart de ses problèmes en se comportant mal avec les autres. Marty est montré comme habitant une jungle où même sa mère cherche à le manipuler et où tout le monde cherche à s'arnaquer, ou presque. Cette jungle pourrait justifier le comportement de Marty, qui cherche à exister au milieu de cette violence, le problème, c'est que c'est lui le plus malhonnête et que lorsque les autres se comportent bien avec lui (la proposition de job, le camarade qui fait produire des balles oranges...), il est encore plus infect avec eux.


Ce qui fait pencher vers une 3è voie sur l'ambition de Safdie avec ce film : nous montrer un personnage égoïste qui apprend à voir les autres à force de prendre des coups. Mais là non plus ça ne fonctionne pas vraiment, car le film nous fait rester assez loin de tous ses personnages secondaires et qu'il n'introduit pas correctement les éléments définissant ces personnages ni ceux faisant évoluer leurs relations. Ainsi, on a par exemple du mal à situer Rachel durant l'essentiel du film et alors que Marty ne semble attaché à elle que comme une amie d'enfance (avec laquelle il couche néanmoins), il termine en nous le montrant lui dire qu'il l'aime mais nous avoir montré de moment de basculement, d’interrogation, d'évolution intérieure.


On peut ajouter à ce tableau de nombreuses incohérences ou faiblesses dans les destructions, arnaques, scènes (les mafieux "redoutables" qui se font avoir par un fermier, les flics qui abandonnent les poursuites, les personnages qui lui refont confiance), psychologies des personnages (la mère, par exemple, est présentée de manière grossière et le film ne creuse jamais son comportement) ainsi qu'un manque de cohérence et de logique sportive : Marty est bon mais à aucun moment il n'est montré comme cherchant les clés pour se mettre au niveau de son antagoniste pongiste, le japonais Endo. Je veux donc j'obtiens, ce n'est pas très exactement comme cela que le sport fonctionne en général, et les meilleurs films sur le sport encore moins.

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le 24 avr. 2026

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