Il y a trente ans, Henry « Razor » Sharp et Billy « The Kid » McDonnen, deux grands boxeurs dont la rivalité était devenue légendaire, s'apprêtaient à livrer leur ultime combat. Mais le premier a brutalement mis un terme à sa carrière, empêchant un vainqueur d'être désigné. La diffusion d'un reportage racontant leur histoire relance la machine, et voilà les deux papys repartis à l'entraînement, et bientôt sur le ring.
Sylvester Stallone et Robert De Niro incarnent les deux boxeurs Razor et The Kid. Ils se retrouvent seize ans après Cop Land de 1997. Avec leurs rôles, Stallone et De Niro parodient très clairement leurs personnages de Rocky Balboa (Rocky) et Jake LaMotta (Raging Bull). L’essence même du long-métrage tient sur la parodie de ces deux classiques de film de boxe, car on est bien en face d’une comédie américaine.
Pêle-mêle, on peut voir Razor voulant s'exercer à boxer sur des carcasses de viande, il est aveugle d’un œil, etc… Du côté de The Kid, il est propriétaire d'un club dans lequel il fait le comique sur scène, il est très gourmand, entretient des rapports sexuels avec de jeunes clientes, etc… Et ce ne sont pas les seuls références.
Peter Segal, le réalisateur, n’est pas un foudre de guerre. Son truc à lui, c’est la bonne vieille comédie qui tache. Ici, heureusement, il s’efface derrière les deux légendes italo-américaines qui peuvent alors imposer leur présence. On aurait bien sûr préféré que Sylvester Stallone se charge lui-même de la mise en scène, qui aurait gagné en force, en ampleur et sur de nombreux points.
Grudge Match sort en 2013 et me déçoit.
La faute notamment à avoir voulu dramatiser l’ensemble. En donnant une histoire aux deux boxeurs via l’intervention d’un personnage féminin dont, au final, on se serait bien passé. La raison de la mésentente entre les deux combattants : l’un ayant couché avec la femme de l’autre, en lui donnant par la même occasion un enfant. Faisant dériver le scénario sur différentes trames mille fois vues et qui se montrent inutiles : le fils rencontrant son père pour la première fois depuis sa naissance. Cette dramatisation permet néanmoins de s’attacher un minimum aux protagonistes, ce qui est déjà ça. Mais face à ce que pouvait promettre le projet, il est décevant de voir que celui-ci se prend beaucoup trop au sérieux. Les séquences humoristiques présentes se montrant bien trop sages, étant mises au second plan.
Et pourtant le casting secondaire pouvait offrir quelque chose de plus authentique. Je pense notamment à Jon Bernthal toujours excellent dans ses rôles et Alan Arkin qui parodie le rôle de Mickey dans la saga Rocky (Arkin a déjà travaillé avec Peter Segal sur Get Smart). Seule, Kim Basinger paraît être un peu a côté de la plaque, dommage.
Kevin Hart, le personnage qui doit faire le liant et le lien entre Sylvester Stallone et Robert De Niro, est l’atout comique des scénaristes. Il aurait du l’être tout du moins. Ses blagues tombent souvent à l’eau, je le trouve toujours à contre courant et il ne m’a jamais fait rire.
Pour être clair, j’ai rigolé deux fois durant le film : une blague sur le vomi et sur les pets (ok, mon humour n’est pas très fin).
Ne reste que le combat final, comme dans tout bon film de boxe qui se respecte. Rappelons que le film est réalisé par Peter Segal, qui s’est fait connaître par la comédie et dont la filmographie ne jure que par ce genre. Il n’est donc pas le cinéaste idéal pour filmer et donner de la puissance à un combat. Nous avons affaire à la rencontre la plus molle jamais réalisée pour un film de boxe. Avec une caméra qui reste plantée là, scrutant les deux combattants qui, eux, semblent se démener un peu. Une séquence qui doit se contenter, du coup, du travail au montage (ralentis, et cut notamment) pour donner un semblant de dynamique qui, bien entendu, ne se fait jamais ressentir.
La composition musicale de Trevor Rabin (qui a déjà travaillé avec Peter Segal sur Get Smart) est vraiment passe-partout et ne surligne aucun moment épique.
Je devrais détester Grudge Match, et pourtant je l’ai trouvé sympathique. Pourquoi ? Sans doute à cause de la formidable naïveté qui n'a jamais quitté Sylvester Stallone et sa capacité à se moquer de lui-même (pareil pour Robert De Niro avec ses expressions faciales). Je suis content d’avoir revu ces deux légendes, même dans une comédie très moyenne.