Autant le premier film paraissait tout à fait futile et superficiel, autant celui-ci, dont le thème central est justement la superficialité, est paradoxalement beaucoup plus authentique et vrai. Il y a déjà un côté romcom à l'ancienne qui passe très bien à l'écran. Cela grâce à une réalisation léchée, bien que par moments trop académique et adepte du combo cadrages bien centrés + déco d'intérieur tout droit sortie d'un numéro d'Art&Décoration. Mais la plupart du temps, la caméra sait se faire oublier avec élégance et intelligence. Le montage est bien senti et rythmé : bref, de ce côté-là c'est du beau travail, et un indéniable progrès par rapport à la fadeur hamaguchienne de Past Lives.
L'histoire ne brille pas par son originalité, et pourtant il s'en dégage un charme désuet qui se heurte à plusieurs reprises à la crudité voire l'absurdité des situations mises en scène. Les contrastes entre cette subtilité et le vulgaire incarné par la "haute" de NYC pourrait paraître artificiel et surtout déjà vu, mais il en vient à être déjoué par le ton méta du film, réussi. Celine Song est en fait parvenue à faire un film moderne sur un sujet tout à fait classique du cinéma hollywoodien, à savoir le triangle amoureux, en le doublant d'une réflexion auteurisante sur le sens de l'amour. Scepticisme d'abord, approbation ensuite de mon côté, malgré quelques fausses notes dramatisantes, à mon sens dispensables
(notamment l'affaire de viol, une "case" cochée pour des raisons bien-pensantes).
La piètre qualité des acteurs vient contrebalancer les dialogues et l'écriture des personnages (excellentes). Si Chris Evans se sauve par son charisme de bon samaritain, Dakota Johnson est rapidement dépassée par l'enjeu des événements, notamment durant les scènes émotionnellement demandantes. Quant à Pedro Pascal, il nous fait du Pedro Pascal (comprendre : inintéressant, mais difficile à détester).
Bref, après un Past Lives ridicule et plat dans son message, ce Materialists semble initier une maturation chez Mme Song. Espérons que son prochain film viendra confirmer cette bonne impression.