Que s'est-il passé ? Que s'est-il passé pour que Céline Song, capable de composer un film subtil, aussi beau et modeste que Past Lives, puisse délivrer un deuxième long-métrage aussi prétentieux, grotesque, plat et si ordinairement américain ? Peut-être est-ce le budget bien plus conséquent, les acteurs plus en vogue, le formatage d’Hollywood sur les scénarios, les narrations, le jeu d'acteurs ou les milieux sociaux représentés à l'écran ? Peut-être est-ce l'enrobage A24 ? Ce "producteur indé" qu'on a tenté de nous vendre comme iconoclaste, finalement tout juste bon à appliquer une esthétique un peu travaillée et à viser un public plus cinéphile que la moyenne, qui se situe pourtant au cœur du mainstream alternatif ? (mainstream qui peut produire par ailleurs de très bon films)
Peut-être un peu de tout ça.
Le film s'ouvre sur une scène "d'amour préhistorique", dont on ne comprend pas bien l'intérêt avant un épilogue assez ridicule et risible, puis se concentre sur la vie de cette "faiseuses de couples" pour personnes friquées, à New York, encore... "Licorne" de la mise en scène pour pondre une œuvre bourgeoise, convenue et absolument pas transcendante. Paradoxalement, la haute bourgeoisie américaine apparaît rapidement comme grotesque et stupide, cannibalisée par la finance et le capitalisme où la valeur d'une personne ne s'évalue que par rapport à celle d'autres "ressources" sur le marché: la bonne taille, la bonne couleur, la bonne éducation, la bonne bourse et la bonne gueule. Ainsi les personnages sont tous plus antipathiques les uns que les autres.
Ça manque peut-être un peu de subtilité, mais on ne peut s'empêcher de penser qu'on est pas si loin de la vérité lorsqu'on sait comment parlent et raisonnent les masculinistes ou comment fonctionnent les applications de rencontre.
Il est difficile de ne pas voir ça et là quelques lourdeurs dans l'introduction de certains personnages dont on comprend assez vite le rôle, cousu de fil blanc, mais on retrouve aussi parfois la finesse des dialogues à laquelle on avait eu droit dans Past Lives. Globalement la première partie est assez convenue mais se regarde sans trop de difficulté.
Tout bascule dans la seconde, où les intentions, les agissements et les pensées de tous les personnages nous sont balancés sur un plateau en service-libre dans lequel on peut se servir, si l'on a faim de platitudes. Finalement notre protagoniste se rend compte que la valeur des gens n'est pas dans leur compte en banque ou leurs facettes dentaires, que l'alchimie entre deux personnes ne se résume pas à un contrat que l'on passe avec le meilleur parti auquel on peut prétendre, mais se jouent surtout au niveau des différentes sociologies: milieu socio-économique et orientation politique. Vraiment une sacrée découverte ! Et alors la critique un peu acerbe et moqueuse de riches américains abrutis par une idéologie viriliste, du paraître et du capital que l'on pouvait croire percevoir se résume simplement à une petite remise en question personnelle bien libérale et dans les clous: "on travaillera dur pour s'en sortir, je vais faire des heures supp et je prendrai un deuxième boulot" et...le rêve américain est complété, la boucle est bouclée, on reste bien au chaud, chacun chez soi. Le grand capital c'est froid, ça sent un peu la mort, mais le petit américain (new yorkais, blanc et cultivé faut pas déconner) est lui plein de sensations et d'émotions, à condition qu'il soit méritant et travailleur.
Ce cinéma bourgeois se retrouve autant dans les thématiques que dans la mise en scène où rien ne sort vraiment du lot, où tout est toujours trop propre, bien cadré, bien coupé, au point qu'on ne verra pas plus qu'un baiser, qu'une amorce de dispute ou de séparation.
Céline tu es décevante.