Qui est le film ?
McWalter est le premier long-métrage dans lequel Mister V, alias Yvick Letexier, tient la tête d’affiche. Connu d’abord pour ses vidéos humoristiques sur YouTube et pour une carrière musicale, il transpose à l’écran MCWalter, l’un de ses personnages les plus célèbres. Réalisé par Simon Astier et produit par Amazon Prime, le film s’inscrit à la croisée de deux contextes : celui d’un cinéma français qui s’ouvre de plus en plus aux figures issues des cultures numériques, et celui des plateformes qui cherchent à profiter des icônes virales. En surface, McWalter est une comédie d’action déjantée, promise comme un divertissement potache où parodie et absurdité tiennent lieu de moteur narratif.
Que cherche-t-il à dire ?
Derrière l’accumulation de gags et l’exubérance des situations, le projet semble double : prolonger le plaisir des sketchs originels pour un public de fidèles, tout en cherchant à donner à cette figure une épaisseur dramatique via un récit d’agent secret trahi, en quête de réhabilitation.
Par quels moyens ?
Le cœur du film repose sur l’équilibre entre Mister V et McWalter. L’acteur n’incarne pas vraiment un rôle inédit : il rejoue sa propre image, ses mimiques, ses gimmicks, jusqu’à ses répliques cultes. Ce choix produit une connivence immédiate avec le spectateur qui connaît déjà l’univers, mais limite aussi la possibilité d’une réinvention.
McWalter est présenté comme un super-espion à la virilité exacerbée, mais tout dans sa gestuelle, sa diction, ses échecs comiques tourne en ridicule ce modèle. Le film prend le contre-pied des archétypes d’action à la James Bond : ce qui devait incarner la toute-puissance devient machine à gags. On y lit autant une critique qu’une exploitation paresseuse du cliché.
L’humour fonctionne par saturation : blagues de répétition, situations absurdes, effets d’accumulation. Cela produit des moments réjouissants par leur outrance, mais finit par se retourner contre le film, qui ne sait pas s’arrêter. La « blague de trop » n’est pas un accident : elle est constitutive de son style.
Simon Astier déploie une palette large, entre pastiche de blockbuster et imagerie numérique volontairement outrée. Les scènes d’action se veulent spectaculaires.
Autour du héros gravitent des personnages secondaires campés par Vincent Dedienne, Géraldine Nakache ou François Berléand. Tous incarnent des figures fonctionnelles (le méchant, la policière jalouse, le chef paternaliste) qui existent moins par leur autonomie dramatique que par la manière dont ils soulignent le ridicule de McWalter. Le groupe n’a pas pour fonction de porter un récit collectif, mais d’amplifier l’absurde d’un seul.
Où me situer ?
Je reconnais au film une énergie certaine : Mister V a une présence indéniable, une expressivité physique qui capte le regard, une capacité à convoquer la connivence générationnelle. Mais cette énergie se retourne contre le récit, qui ne parvient jamais à se stabiliser. Trop de gags tuent l’humour, trop de références tuent la fiction. Là où j’aurais aimé voir le passage d’un comique numérique à un acteur de cinéma, je vois surtout un recyclage des mêmes motifs, transposés à grande échelle.
Quelle lecture en tirer ?
McWalter est un objet symptomatique : il dit quelque chose de notre époque où les plateformes transforment des figures virales en héros de cinéma, où la célébrité devient un matériau narratif plus qu’une étape à dépasser. Le film n’est pas seulement une comédie ratée ou réussie : il est le témoin d’un moment de transition, celui où le cinéma cherche encore comment accueillir les créateurs issus du web.