Megan Is Missing
5.6
Megan Is Missing

Film de Michael Goi (2011)

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Megan Is Missing est un film qui se trimballe une aura sulfureuse de par son sujet touchy, son absence de distributeur qui bloquera le film plusieurs années dans les tiroirs, son interdiction dans certains pays comme la Nouvelle-Zélande et sa résurrection via les réseaux sociaux, et plus précisément TikTok, qui en fera un petit phénomène d’Internet. Un phénomène sur lequel le réalisateur Michael Goi viendra surfer de manière un peu putassière, opportuniste et hypocrite, multipliant les avertissements auprès d’un jeune public qui, précisément, désire souvent regarder là où il est interdit de le faire : « Ne regardez pas ce film au milieu de la nuit. Ne le regardez pas seul. Et si vous voyez apparaître les mots "photo numéro un" à l'écran, vous avez environ quatre secondes pour éteindre le film si vous êtes déjà en train de paniquer, avant de voir des choses que vous ne voulez peut-être pas voir. » Voilà un avertissement qui ressemble plus, selon moi, à un coup marketing de vieille bande-annonce qu’à une sérieuse mise en garde. Alors, au final, Megan Is Missing mérite-t-il son aura de petit found footage choc et inconfortable ? Sans vouloir douter du manque de sincérité du réalisateur et de ce qu’il a voulu transmettre aux spectateurs, je dois avouer que le résultat est loin de m’avoir totalement convaincu.


Megan Is Missing est un film entre documenteur et found footage qui raconte les derniers jours de deux amies adolescentes de 14 ans avant leurs disparitions respectives causées par un prédateur sexuel sévissant sur Internet.


Durant les deux tiers du film, Megan Is Missing dresse le portrait de ces deux adolescentes à la fois très amies et très différentes dans leurs comportements, notamment vis-à-vis des garçons. Si Megan est populaire, libérée, ouverte et volontiers séductrice, son amie Amy est plus réservée, plus solitaire, avec sans doute encore un pied dans l'enfance, le tout renforcé par un père qui la traite encore comme une petite fille. Une différence sur laquelle le réalisateur et scénariste Michael Goi appuie parfois un peu trop sans toutefois jamais sombrer dans une forme de caricature. À travers des conversations, des appels en visio, des journaux vidéo intimes et des vidéos prises par des tiers, le film parvient à dresser un portrait assez touchant de ses personnages, notamment de Megan dont la sexualité s’avère passablement déréglée par divers abus subis alors qu’elle était enfant, et dont elle parle avec un détachement bien plus effrayant que les futures séquences chocs du film. Sans même faire intervenir une figure de grand méchant prédateur, le film interroge déjà et dénonce l’hypersexualisation des jeunes filles et l’utilisation du sexe comme monnaie d’échange au moindre service demandé. Sous l’apparente jeune fille libérée qui pense utiliser le sexe comme élément de pouvoir et de domination sur les garçons se cache surtout une jeune fille touchante et paumée en quête d’affection et de compréhension, ce qu’elle pensera d’ailleurs avoir trouvé auprès de Josh, un prétendu jeune homme se cachant anonymement derrière son ordinateur. La mécanique de séduction, d’approche et de prédation est plutôt bien rendue à l’écran, le film pouvant effectivement servir d’avertissement pour le public visé. Michael Goi vise également assez juste dans sa dénonciation du traitement médiatique de ce genre de disparition par des émissions d’investigation sensationnalistes qui usent de reconstitutions aux effets chocs ridicules entre deux pages de publicité. Dans sa très grande première partie, Megan Is Missing est donc plutôt réussi avec deux actrices très convaincantes (Amber Perkins et Rachel Quinn) et surtout plusieurs thématiques qui invitent à débattre et s’interroger sur les dangers de la prédation en ligne. Malheureusement, la dernière partie du film me semble plus problématique, pas tellement pour ses séquences chocs mais pour d’autres aspects que je vais développer en partie spoilers.


La dernière partie du film nous rejoue la carte du film retrouvé comme par hasard dans la caméra d’une des victimes. Déjà, au niveau de la compréhension et de la cohésion de l’histoire, j’ai du mal à croire à ce prédateur usant et abusant de son anonymat sur Internet pour ne pas se faire prendre et qui ensuite se filme en train de commettre des crimes et actes de violence pour finalement jeter la caméra et son contenu dans une poubelle à proximité de l’endroit où il a enlevé sa victime. Après, être un prédateur sexuel n’est pas incompatible avec le fait d’être très con, mais le ressort narratif me semble quand même considérablement tiré par les cheveux. Je ne suis pas non plus dans la caboche détraquée d’un prédateur sexuel tordu et criminel, mais ce qu’il filme (puisque c’est lui qui utilise la caméra) ne me semble pas très pertinent non plus, tant je ne comprends pas quel désir pervers il prend à se filmer dix minutes en train de creuser une tombe, surtout si c’est pour balancer les images à la poubelle ensuite. Forcément, le plan fixe sur le visage de la victime violée alors qu’elle est encore vierge fait partie des scènes chocs du film, mais Michael Goi y ajoute une petite touche de trop lorsque l’agresseur pose sa main ensanglantée au premier plan pour celles et ceux qui n’auraient pas compris ou oublié la défloraison de la victime. Le fait de traiter ce prédateur comme un psychopathe de film d'horreur dans une ambiance de torture porn ne me dérange pas outre mesure, mais l’impact m’aurait semblé plus fort en suggérant une réalité malheureusement plus terrifiante. Derrière ses pseudos, ses séducteurs timides, ses soi-disant adolescents ne se cachent pas que des figures un peu caricaturales de films d’horreur, mais des pères de famille, des honnêtes gens, des hypocrites notoires, des gens qui semblent a priori au-dessus de tout soupçon. Même si le personnage de Josh n’est finalement pas vraiment développé et que l’on ne saura rien de lui, le fait qu’il soit inscrit dans un schéma horrifique un peu caricatural dénature un peu à mon sens l’impact de l’avertissement.


Megan Is Missing est un film qui m’aura bien plus interpellé dans ses non-dits et dans sa première partie que dans ses débordements pas forcément pertinents à mes yeux. Après, si le film de Michael Goi a permis à une seule jeune fille de se montrer plus prudente sur Internet, le bougre n’aura pas perdu son temps et le film aura, quant à lui, trouvé sa pleine et entière respectabilité.

freddyK
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le 9 mars 2026

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Freddy K

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