Parmi les adaptations les plus marquantes d'Annie Ernaux figurent déjà Passion simple et surtout L'Événement d'Audrey Diwan. Mémoire de fille aurait pu les rejoindre au rayon des réussites incontestables, mais malgré une délicatesse évidente et un respect de l'œuvre littéraire, le long métrage de Judith Godrèche ne parvient que très rarement à s'élever au-dessus d'une certaine constante des films d'époque français, très concentrés sur les décors et les costumes, notamment, pour qu'aucun reproche ne soit possible sur la reconstitution d'un temps, l'été 58 en l'occurrence, plus lointain qu'il n'y paraît, y compris sur le caractère des mœurs ou des strates sociales. La voix off n'est pas continuelle, par bonheur, mais elle alourdit le propos, dans une mise en scène un peu rigide, certains diront sans doute empesée. Bref, cette adaptation trop sage et académique ne surprend presque jamais, ce qui n'empêche pas de saluer la belle performance de l'actrice principale, Tess Barthélémy, qui n'est autre que la fille de la réalisatrice. On comprend parfaitement ce qu'il se passe dans le corps et dans la tête de cette jeune fille de 17 ans et demi, confrontée à un premier amant qui dispose d'elle comme d'une proie de plus. En revanche, on n'est pas autant touché qu'on l'aurait souhaité, mais cela, bien entendu, dépend de la sensibilité de chacun.