Vous allez croire que le masqué, c'est un masochiste. Ou encore qu'il est une victime de ces campagnes de promo qui aiment souvent faire passer les vessies pour des lanternes.
Car je vais vous dire que je déteste Jamel Debbouze.
Car dans ses comédies les plus lourdingues, soit la quasi-totalité de la filmographie du bonhomme, ses mimiques complices insupportables me sortent par les trous de nez, tandis que sa gouaille mitraillette me perce les tympans.
Vous allez sans doute me rétorquer que Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre. Sauf que manque de bol, Behind déteste Mission Cléopâtre, soit l'opus le plus apocryphe de l'univers d'Astérix, gangréné par un esprit Canal tout aussi prédateur que cannibale. Preuve supplémentaire, sans doute, du mauvais goût du masqué, qui arrive même à trouver des qualités à Brave New World, c'est dire.
Mais Mercato, après le matraquage sur L'Equipe 21 et le passage de Jamel dans L'Equipe du Soir, cela intriguait le masqué, surtout pour sa tendance thriller dans un univers sulfureux.
Et à la sortie de la salle, force est de constater que j'ai été séduit. Le film a beau enfiler toute une myriade de clichés du milieu du football, ou vouloir être complet à tout crin sur le sujet, force est de constater que cette accumulation de motifs est plutôt adroitement exploitée par un Tristan Séguéla qui rêverait sans doute de s'inscrire dans les pas d'un film comme Uncut Gems.
Pour la mettre au service d'une intrigue plutôt haletante, même si elle manque un tout petit peu de souffle dans une dernière ligne droite plus attendue.
Car plus que le thriller, Mercato, c'est surtout le portrait d'un homme au bord du gouffre, qui court à perdre haleine dans une impasse en continuant de croire qu'il n'y a pas de mur au bout du tunnel qu'il traverse.
Mercato réussit à effacer Jamel Debbouze pour le mettre au service d'un personnage loin d'être tout blanc, mais dont on se prend inexplicablement d'affection dans ce qu'il traverse.
Car Driss a beau avoir la tête à claques de Jamel, être un roublard fini, un truqueur parfois lamentable et un loser des bas-fonds du football, c'est aussi un homme seul, un outsider improbable, un père absent pétri de regrets, ou encore un renard des surfaces qui, si le monde des agents de joueurs l'a définitivement déclassé, conserve malgré un certain flair et surtout, une persévérance kamikaze qui a tout de l'inconscience.
Ce type de rôle n'est pas totalement une première pour Jamel Debbouze, qui, en 2005, endossait un personnage étonnamment similaire chez Luc Besson, dans Angel-A. Mais cette fois, l'acteur s'efface pour laisser passer toute la beauté d'un sport, le temps d'un souvenir ému, pour le faire voisiner avec tout ce qu'il y a de plus trivial et noir dans un monde d'argent et d'esclavage moderne.
Mercato, c'est rondement mené. Un film qui se montre efficace dans sa façon de regarder son personnage principal tomber et se débattre dans sa course contre la montre. Mais Mercato, c'est surtout l'occasion pour un acteur d'enfin se sortir du carcan de la comédie inepte dont il est coutumier pour se réinventer et montrer enfin ce qu'il a dans le ventre.
Et permettre au masqué d'écrire qu'il ne déteste plus Jamel Debbouze.
Behind_the_Mask, à fond les ballons.