Pour Alex De La Iglesia, il suffit qu'un vieux casse enfin sa pipe pour mettre toute la copropriété en émoi. Oh, pas parce qu'il était particulièrement apprécié ou qu'il était gentil, hein. Non, seulement parce que les habitants de cet immeuble délabré ont enfin la possibilité de faire main basse sur son magot gagné au loto sportif... Mais ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'est qu'ils allaient se faire doubler par Julia, qui squatte l'immeuble du dessous en profitant de son job d'agent immobilier.


Argent, course poursuite, traque et festival de "gueules", c'est sur ce point de départ volontairement foutraque que Alex De La Iglesia orchestre une horrible comédie qui mélange le rire grinçant et inconfortable, le suspense, quelques aspects thriller et le home invasion le plus débridé. Le réalisateur joue ainsi constamment et avec gourmandise des ruptures de ton de son film afin d'emporter son spectateur dans un délire aussi maîtrisé que déconcertant.


Car si le rire semble éclater par instants, De La Iglesia ne fait pas mystère du regard peu amène qu'il pose sur la micro société qu'il met en scène dans toute sa folie dévorante. Affublés de toutes les tares du monde, les personnages qui la composent sont au mieux ridicules (les plus jeunes, habillés en Power Rangers ou en Dark Vador), au pire détestables et dangereux. Tous les travers humains sont ainsi passés à la moulinette d'une vision désabusée, voire misanthrope à laquelle le réalisateur laisse libre cours avec un ton sarcastique et désespéré. Parce que finalement, il juge qu'il n'y a pas grand chose à sauver, de tout cela, comme de ce vieil immeuble qui pourrit littéralement par son sommet, là où le trésor est caché. Pourri comme l'âme de ses habitants qui, malgré une surveillance constante, ne se rendent même pas compte que leur victime n'est plus depuis des semaines, aveuglés qu'ils sont par leur aigreur et leur jalousie.


Les alibis de partage entre les petites gens qui composent la meute ou les idéaux d'une solidarité intéressée voleront vite en éclats devant la perspective offerte par quelques millions de pesetas, véritable drogue qu'une publicité télévisée vante et met en avant. Un argent qui détruit tout et qui fait se retrancher au sommet d'un immeuble, derrière une porte fermée à double tour, comme il fait s'attrouper devant, les visages agglutinés étant quant à eux déformés à travers le judas. Telle est en tout cas l'amère perspective qu'offre le réalisateur espagnol, comme il offrirait un bonbon au poivre, témoin qu'il est d'une hystérie contagieuse et d'une déliquescence qui atteint jusqu'au murs de la copropriété.


Huis-clos déjanté, références, violence décomplexée, critique virulente de la société, virée absurde sur les toits espagnols en guise de climax, Mes Chers Voisins, c'est tout cela à la fois, et plus encore. Car, comme une fissure dans le plafond d'où s'échappent les cafards, le rire s'insinue : grinçant, sarcastique, fou, comme celui d'Alex De La Iglesia.


Behind_the_Mask, qui vient pour réparer l'ascenseur.

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le 24 janv. 2016

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