Metropolis de Fritz Lang est aujourd'hui un digne représentant de l'expressionnisme allemand. Ombres disproportionnées, jeu des acteurs sciemment exagéré, décors aux angles marquants, le film est donc bel et bien ce que le cinéma expressionniste pouvait faire de mieux (Das Kabinett des Dr. Caligari demeure tout de même le plus bel exemple). Mais c'est avant tout dans l'histoire que le film trouble. On remarque à plusieurs reprises et surtout dans la scène de début où la machine explose, les étranges coïncidences avec ce que seront les camps de concentration, les ouvriers de Metropolis incarnant l'enfer que vivront les déportés. Les cranes rasés en sont un symbole troublant. On note également la présence de pentacle sur les maisons qui ne sont pas sans rappeler les étoiles juives. Or, Metropolis n'a rien de nazi, ça en serait même le contraire. Ceci parce que la folie semble gagner l'oeuvre à mesure que le film se dévoile. De ces folies qui répugnaient le nazisme. Cette folie est caractérisée par les prouesses techniques et les audaces esthétiques (provenant tant de la réalisation que du montage). Mais c'est surtout dans le jeu hystérique de Brigitte Helm (jeu parfois fort déroutant) que cette folie s'incarne. L'actrice semble ne pas pouvoir s'empêcher de se tripoter les seins. Enfin, comment qualifier ce film ? S'il se range dans le mouvement expressionniste, il possède tout de même un genre. Il serait injustement réducteur, comme pour 2001 : A space odyssey, de qualifier ce film de simple oeuvre de science-fiction, car Metropolis est bien davantage que cela. Ces deux films ont pour points communs de traiter de l'humanité et de proposer un traitement de la thèse darwinienne, de la lutte entre les faibles et les forts. Pour conclure, il faut simplement dire que Metropolis, à l'esthétique ultra-originale, demeure dans l'oeuvre de Lang son meilleur film après M, incomparable tant dans l'expressionnisme que dans l'expérimentation.