Au moment où l'on nous dévoile la création du savant-fou Rotwang, il est question de découvrir le plan qui se trame à Métropolis avec les ouvriers. Une pensée absurde mais instinctive m'est directement venue à l'esprit : pourquoi ne pose-t-il pas la question à son nouveau robot ? Bien sûr, je me suis aperçue du non-sens de ma question car j'avais apposé ma vision contemporaine de 2026 (de l'intelligence artificielle), à un film de 1927... A cette époque, les avancées technologiques et la robotique ne sont pas encore abordées sous cet angle ; le robot est une machine, qui plus est une machine humanoïde. C'est toujours touchant de voir la vision du futur d'une certaine époque et les divers futurismes qui ont existé, notamment à travers le cinéma (comme la décoration de la maison moderne dans Mon Oncle de Jacques Tati). En fait, le "futur" est toujours une capsule temporelle du présent de l'auteur. Le film est réellement imprégné de la vision de la fin des années 1920, que ce soit par l'esthétique industrielle, la thématique du travail ouvrier (dimension politique évidente) ou encore la mise à l'honneur de l'art déco à travers l'architecture, l'apparence du robot ou encore l'affiche. Tous ces éléments permettent de cristaliser l'esprit du temps, celui de 1927, ce qui donne un charme fou au film. D'un point de vue purement technique, on reconnaît que ce film date du début du cinéma par le fait qu'il soit muet, mais aussi (et c'est quelque chose qui m'a surpris en tant qu'habituée des films plus modernes), la vitesse des images : le fait que ce soit filmé en x2 voire x3. Cette cadence saccadée, presque nerveuse, finit d'ailleurs par servir le propos : elle transforme les mouvements humains en automatismes, intégrant physiquement les ouvriers à la machinerie de la ville.