Récompensé dans de nombreux festivals en Corée et projeté chez nous en 2018 sur grand écran au Festival du Film Coréen de Paris, Microhabitat est, sous ses airs de petit film minimaliste, un film qui a beaucoup à dire. Il s’agit d’une première réalisation et immédiatement Jeon Go-Woon est propulsée au rang des réalisatrices à suivre. Pourtant, force est de constater que Microhabitat est un film qui ne plaira pas à tout le monde, par son côté minimaliste déjà, mais aussi parce qu’il pourra donner l’impression qu’il ne raconte pas grand-chose en mettant en scène une tranche de vie dans lequel on va suivre une jeune fille qui doit adapter sa vie aux aléas de la société. Sauf que c’est tout le contraire. Microhabitat est un film qui alarme. Il pousse un cri de souffrance, mais il le fait tout en douceur, tout en légèreté, tout en discrétion, à l’image de son personnage central qu’on va suivre. On sent la colère de la réalisatrice en arrière-plan, qui s’inspire de sa vie pour certains détails de l’histoire. Oui, Microhabitat est un très bon film.


Microhabitat est un portrait de femme doublé d’un constat amer d’une société qui part en vrille, avec des logements hors de prix et un coût de la vie qui ne cesse d’augmenter, mettant toujours plus en difficulté ses habitants les plus précaires. Le film prend le pouls d’une culture qui va bien au-delà de la Corée. Les prix augmentent, les revenus stagnent. Ceux qui sont au sommet gagnent beaucoup d’argent aux dépens de tous les autres, causant une grande misère humaine. Le sujet n’est pas nouveau et la critique pourrait être facile, sauf que la réalisatrice Jeon Go-Woon choisit un angle d’attaque des plus judicieux car au final des plus simples. Elle va centrer son histoire autour du personnage de Miso, interprété par la géniale Esom (Man on High Heels, Hindsight), d’ailleurs récompensée pour sa performance au Busan Film Critics Awards, qui vit encore comme quand elle avait 20 ans, qu’elle était heureuse et insouciante, alors que la société autour d’elle a évolué et que le regard des gens a changé. Mais ça, elle s’en fiche et compte bien continuer à vivre comme elle l’entend, à ne pas rentrer dans le moule, à rester fidèle à elle-même, quitte à faire certaines concessions matérielles. Microhabitat est un film qui questionne le spectateur sur ce qui est le plus important dans la vie, bien que cela soit personnel et que chacun va essayer de vivre comme il l’entend et surtout comme il le peut. C’est un film qui fait réfléchir sur notre manière de vivre, sur ce qui est important, sur ce dont nous pourrions nous passer, ou non, pour améliorer le reste. Les sujets abordés sont lourds, mais ils ne plombent pas l’ambiance avec le côté tragicomique des personnages que Miso va rencontrer. Malgré tout, le ton est parfois acerbe et même violent dans ce qu’on nous montre, mais il reste toujours juste car le film est cohérent dans ce qu’il nous raconte.


Au fil de ses va-et-vient dans les rues de Séoul, Miso va un à un retrouver ses anciens amis avec qui elle avait un groupe de musique. Des personnages travaillés et barrés chacun à sa manière. On croisera une femme célibataire, à fond dans sa carrière, une femme au foyer qui vit chez sa belle-famille et qui n’en peut plus d’eux, un célibataire endurci qui vit chez ses parents légèrement tordus, le fraichement divorcé tombé dans la dépression qui n’arrive plus à regarder une femme dans les yeux, ou encore la femme de riche qui ne veut surtout pas sortir de cette condition malgré la façon dont la traite son mari. Chacun d’entre eux est là pour montrer une faiblesse humaine ou un revers de la société. Le petit ami de Miso nous montre les difficultés qu’ont les jeunes pour les études, avec des prêts étudiants que certains passent des années à rembourser. Microhabitat est un film doux amer. Doux car il règne constamment un léger humour, par le comportement insouciant de Miso ; Amer parce que le constat est là, assez pessimiste, pas très reluisant. Objectivement, oui, c’est un peu déprimant, mais on ne peut s’empêcher d’avoir le sourire aux lèvres car le personnage central est plein de vie, lumineux, tellement attachant, et que la réalisatrice amène pas mal de poésie à l’ensemble. Le montage et la mise en scène du film, bien que simples à l’image du protagoniste principal, sont réussis et sous ce titre Microhabitat se cache un double sens. D’abord, les logements toujours plus petits suite à l’augmentation du coût de la vie mais pas des salaires ; mais aussi car les personnages sont tous enfermés dans leur petite vie, qu’elle soit bien ou non, qu’elle soit subie ou voulue, et au final seule Miso est libre malgré son petit habitat car elle a choisi de vivre comme elle l’entendait. Miso est un personnage lumineux, et rien que pour elle (mais aussi pour plein d’autres raisons), Microhabitat est un film à voir.


Ce portrait de la société coréenne actuelle est une réussite grâce à une réalisation simple mais efficace, un humour léger mais cynique, des personnages travaillés et une héroïne touchante et attachante. Oui, définitivement, Microhabitat a bien plus de choses à dire qu’il n’y parait.


Critique originale avec images et anecdotes : https://www.darksidereviews.com/film-microhabitat-de-jeon-go-woon-2018/

cherycok
8
Écrit par

Créée

le 30 juin 2022

Critique lue 59 fois

Microhabitat

Microhabitat

8

anthonyplu

le 4 janv. 2019

Suivre

Une comédie sociale tendre-amère qui déménage

Une formidable premier film entre comédie de mœurs et drame social qui m'a fait penser à la comédie à l'italienne, moins acerbe et plus mélancolique, mais qui partage une structure proche du film à...

Microhabitat

Microhabitat

8

Lo-Shi

le 24 mars 2026

Suivre

"Je n'ai besoin de rien, tant que je suis avec toi et que je fume"

Miso, cela veut dire sourire et, ce sourire, Miso nous le transmet par la beauté de son aura et de son insouciance. Elle dira à son petit ami, interprété par le remarquable Ahn Jae-hong : « Le...

Microhabitat

Microhabitat

10

SnakePli

le 15 sept. 2020

Suivre

Grisonnante

C'était une de ces longues soirées du confinement. J'étais dans ma chambre, il était trois heures du matin. Je ne travaillais plus depuis bientôt deux mois. Chaque jour ressemblait à chaque jour dans...

Barbaque

Barbaque

4

cherycok

le 31 janv. 2022

Suivre

The Untold Story

Très hypé par la bande annonce qui annonçait une comédie française sortant des sentiers battus, avec un humour noir, méchant, caustique, et même un côté gore et politiquement incorrect, Barbaque...

Avengement

Avengement

7

cherycok

le 3 juil. 2019

Suivre

Critique de Avengement par cherycok

Ceux qui suivent un peu l’actualité de la série B d’action bien burnée, savent que Scott Adkins est depuis quelques années la nouvelle coqueluche des réalisateurs de ce genre de bobines. Mis sur le...

Journey to the West: Conquering the Demons

Journey to the West: Conquering the Demons

7

cherycok

le 25 févr. 2013

Suivre

Critique de Journey to the West: Conquering the Demons par cherycok

Cela faisait plus de quatre ans que Stephen Chow avait quasi complètement disparu des écrans, aussi bien en tant qu’acteur que réalisateur. Quatre ans que ses fans attendaient avec impatience son...