Midsommar est un film d'horreur psychologique folklorique par Ari Aster, étoile montante d'un cinéma de genre qui ne s'embarrasse ni des codes ni des étiquettes. Autant pour ses thèmes que son rythme et son esthétique, c'est un film qui ne ressemble à rien que j'avais vu auparavant. Quand on regarde des films d'horreur en abondance, ce genre de moment devient précieux.


Dani et Christian sont au bord de la rupture quand un deuil atroce frappe la jeune femme et incite son compagnon à l'emmener à contrecœur dans une virée en suède avec un groupe de potes. Dans un petit village aux allures guillerettes et champêtres, ils participeront à un festival païen n'ayant apparemment lieu que tous les 90 ans.


De jolies suédoises dansent en robe blanche dans des champs de fleur, de vieux prêtres récitent des âneries sur de joyeuses mélodies à la flûte et on y prend beaucoup de drogues, sous diverses formes. Qu'est-ce qui pourrait mal se passer ?


o o o


Tranquillement installée sur ses 2h30 - une durée inhabituelle pour le genre - l'histoire démarre pourtant sur les chapeaux de roue et on ne s’y ennuie jamais. Dès le début, il choque et perturbe et établit une ambiance oppressante qui ne vous lâchera plus.

L’OST phénoménale de Bobby Krlic y est pour beaucoup :

https://youtu.be/EaRmow1Dpjg

Même lorsqu'il ne se passe rien de douteux à l'écran, l'atmosphère épaisse présage sans cesse une tragédie imminente. Et c'est d'autant plus troublant que tout le film se passe en plein jour, avec un grand soleil, sous un ciel bleu immaculé, dans de beaux paysages fleuris.


Ce contraste entre le fond et la forme ne se limite pas à l'esthétique, mais à la manière désinvolte et curieusement naturaliste avec laquelle est dépeint le festival. Ari Aster pose tout ça là, sans jugement apparent, et nous laisse subir ce crescendo lent, mais implacable. On n'est jamais vraiment surpris, ou choqué par un soudain rebondissement. On voit venir de loin la plupart des évènements longtemps à l'avance, mais c'est leur inéluctabilité qui les rend frappant. Ça, et quelques envolées de violences brèves, mais intenses.


Midsommar m'évoque une version plus crue, plus poétique, et bien plus réussie de la version originale de The Wicker Man, un autre classique de l'horreur folk On troque les traditions celtes contre des rituels scandinaves tout aussi réjouissants. C'est une réussite à tous les niveaux, et une excellente découverte par un réalisateur que je compte bien suivre de près.

Ezhaac
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Terreur est humaine et Les meilleurs films d'horreur

Créée

le 22 avr. 2023

Critique lue 36 fois

Ezhaac

Écrit par

Critique lue 36 fois

2

D'autres avis sur Midsommar

Midsommar

Midsommar

5

Mr_Purple

94 critiques

La secte où on n'y voyait pubien

Tout était bien parti pourtant : un prologue efficace et puissant, une mise en scène froide et chirurgicale à la Shining qui sait captiver et créer une ambiance joliment anxiogène, et la présence à...

le 1 août 2019

Midsommar

Midsommar

9

trineor

61 critiques

Le sacre de l'été

Le plus immédiatement troublant devant Midsommar, c'est sans doute – comme à peu près tout le monde l'aura relevé – de se retrouver face à une œuvre horrifique toute faite d'été, de ciel bleu, de...

le 3 août 2019

Midsommar

Midsommar

9

takeshi29

1682 critiques

L'horreur est-elle moins pénible au soleil ? (A peu près Charles Aznavour)

En introduction disons-le tout net, je ne fais pas partie de ceux qui attendaient ce "Midsommar" conquis d'avance, n'étant absolument pas un adorateur du déjà culte "Hérédité", dont la mise en place...

le 1 août 2019

Du même critique

Martyrs

Martyrs

9

Ezhaac

900 critiques

Expérience traumatique

Peu de films ont su me retourner comme l'a fait Martyrs. Je vais éluder le débat stérile sur la légitimité du thème de la torture au cinéma et partir du postulat que la vocation première du film...

le 22 juin 2010

Chernobyl

Chernobyl

5

Ezhaac

900 critiques

Le Prix du Mensonge

Noter Chernobyl est le grand écart le plus déchirant que j'ai fait sur ce site. En tant qu’oeuvre cinématographique, je lui donnerais un solide 9, mais pour son discours et ses implications...

le 28 mai 2021

Sweeney Todd - Le Diabolique Barbier de Fleet Street

Sweeney Todd - Le Diabolique Barbier de Fleet Street

4

Ezhaac

900 critiques

I feeeeeeeeel you, Johaaaaaanaaaaaaaaaa !!

Avec une photo gothique à souhait et un Johnny Depp qui fait peur, le film partait plutôt bien, d'autant qu'une fable romantique sur le cannibalisme n'était pas pour me déplaire, sur le papier. Mais...

le 30 sept. 2010