Avec Mikado, Baya Kasmi signe une chronique familiale bancale, tiraillée entre drame social et feel good movie, où les belles intentions se heurtent à un scénario mal développé, comme resté à l’état d’ébauche.
Mikado (Félix Moati) et Laetitia (Vimala Pons) ne forment pas une famille comme les autres. Avec leurs deux enfants, Zéphyr (Louis Obry) et Nuage (Patience Munchenbach), ils sillonnent les routes dans leur van, sans adresse fixe, sans attaches. Cette vie en mode fuite perpétuelle est bouleversée le jour où un concours de circonstance les oblige à séjourner chez Vincent (Ramzy Bedia), un professeur de français au collège.
Après le très réussi Youssef Salem a du succès, on avait hâte de découvrir le nouveau film de Baya Kasmi, également scénariste du Nom des gens. Avec cette chronique douce-amère, elle change de registre et délaisse la comédie pour embrasser un ton plus dramatique. Elle tente malgré tout d’insuffler de la lumière et de la légèreté à son récit, tout en traitant des sujets plus graves comme le placement d’enfants en famille d’accueil ou l’éducation scolaire.
Si les intentions sont louables et certaines idées touchantes, le film pâtit de cette hésitation entre feel good movie et drame social. Le résultat est brouillon, mal développé, qui donne l’impression d’un scénario resté à l’état d’ébauche. Les personnages sont mal dégrossis, leurs rencontres ne créent pas d’étincelles et les événements s’alignent sans grande cohérence. Le film se vautre dans des représentations caricaturales ou l’utopie naïve, comme cette école où l’on ne fait que du théâtre, de la musique et de la géopolitique.
Le distribution alterne entre le meilleur et le pire. Il est toujours impressionnant de voir à quel point Ramzy Bedia est un caméléon capable d’endosser des rôles à mille lieues de son image d’humoriste. Vimala Pons et Patience Munchenbach sont elles aussi convaincantes dans des rôles pas toujours bien caractérisés. En revanche, Félix Moati dessert son personnage déjà pas très bien écrit, avec un jeu vraiment trop littéral et sans nuances.
La réalisation de Baya Kasmi est quant à elle plombée par une image jaunie et perpétuellement filmée en lumière rasante pour évoquer l’été, tel un filtre instagram daté. Dommage, car certaines idées de mise en sène, notamment dans la manière de filmer le corps de Patience, laissent entrevoir une vraie sensibilité et de beau moment de cinéma.