Minari réussit, pendant sa première heure, à faire léviter la gravité de ses enjeux – enfant handicapé, père reconverti en fermier, associé frappé de folie, grand-mère libertaire – par une forme contemplative et une partition musicale nébuleuse. Car l’installation en Arkansas de cette famille coréenne mobilise et réactualise tout un imaginaire du pionnier fondateur de l’Amérique, depuis ce déguisement de cowboy que revêt l’ami de David chez lui à la fascination pour la terre et sa possession. Les personnages principaux sont entourés d’une galerie de trognes, caricatures d’une ruralité américaine contre laquelle se heurte Jacob, pris en étau entre ses rêves en devenir et sa culture passée ; son épouse, Monica, constitue la somme de ses regrets, de ses frustrations et de ses échecs, c’est là d’ailleurs son seul trait de caractère.
Nous reprocherons au long métrage de Lee Isaac Chung son récit schématique qui, après avoir semé ses enjeux dans un terreau prometteur, emprunte les sentiers balisés de ce genre de productions : montagnes russes émotionnelles, revirement de dernière minute avec incendie, réunion de la famille, tout cela s’avère cousu de fil blanc et échoue à saisir la singularité et l’authenticité de ces êtres écartelés entre une tentation du Paradis – l’exploitation florissante, l’intégration sociale, la prière faite à Dieu – et la réalité décevante. Il aurait fallu s’affranchir du sentimentalisme et renoncer à cette focalisation complaisante vis-à-vis des destinées représentées pour convertir la douleur en foi et en magie. Reste une œuvre surprenante qui témoigne d’un phénomène contemporain peu connu : l’immigration des Coréens en Amérique.