Sur un sujet original, Mine de Rien n’est qu’un banal feel good movie de plus. Et nous ne pouvons que déplorer l’écriture manichéenne des personnages qui distingue dès le début et jusqu’à la fin les antagonistes – la maire détestable, l’ex-femme et son nouveau mari – et les protagonistes, victimes du système et trouvant dans la mine un tremplin à leurs petites ambitions. Car exceptions faites du cinéma de Bruno Dumont ou du récent Roubaix, une lumière, il semble que la terre des Hauts-de-France soit condamnée à des représentations misérabilistes faites de petite gens occupées à vivre petitement, de pouvoirs publics inhumains, de queues devant les caisses d’allocations chômage. Certains diront qu’il s’agit là d’une réalité sociale, économique. D’accord. Mais à quoi bon solliciter le cinéma en général, et le genre de la comédie en particulier, si c’est pour rien n’en faire, ou si peu ?
Car le long métrage, pour filer la métaphore minière, extrait beaucoup de son sol – misère, dépendance, handicap, maladie d’Alzheimer, drogue, délocalisation, lutte des classes – mais échoue à convertir sa matière brute en matériau artistique capable de produire quelque chose. Les éléments ne s’agrègent que mal les uns aux autres, et la boîte de chocolat en poudre dans laquelle sont conservées les cendres du défunt mari apparaît telle la boîte de Pandore, réservoir de catastrophes inépuisable dans lequel le réalisateur vient puiser pour alimenter son récit. Le souci, c’est que l’absence de vision comique personnelle amène le film à reproduire des poses et à appliquer des effets qui sont réputés pour leur efficacité, de la même manière que l’avalanche de malheurs doit produire, en retour, un apitoiement croissant du spectateur sur ce qu’il regarde. S’ensuit une logique de pathétisation galopante qui, sans appui scénaristique solide, sans mise en scène, exhibe une mécanique grossière qui tourne à vide. L’écriture des deux enfants en est l’exemple le plus calamiteux.
Le véritable sujet de Mine de Rien résidait dans la redécouverte d’un lieu et d’une culture susceptible de penser leur entrée dans la postérité, une transition entre monde d’hier et monde de demain. Le jeu de contrastes entre un père attaché aux traditions et ses deux fils accrochés à leurs portables est digne d’intérêt, accentué par une opposition architecturale entre quartiers des anciens mineurs et nouveaux quartiers résidentiels. Mais ces bonnes idées restent théoriques ou de l’ordre de l’anecdote, sans construire une synergie comique et sociale. Les acteurs ne sont pas en cause, font ce qu’ils peuvent ; seule Marianne Garcia ressort du lot et compose un personnage attachant qui convertit les difficultés essuyées au quotidien en drôlerie. Mine de Rien est à la fois trop lénifiant et trop maladroit pour emporter l’adhésion ; il oublie même de filmer la mine, la terre, les friches industrielles et ce qu’elles représentent d’un point de vue symbolique, aveuglé par son grand huit émotionnel déjà vu et revu.