Après presque 10 ans d’absence depuis le magnifique Faute d’amour, Andreï Zviaguintsev, doublement impacté par le Covid puis la guerre menée par son pays qui l’a conduit à s’exiler en France, a choisi de faire son retour avec un remake de La femme infidèle de Chabrol (!). C’est peu dire que son nouveau film était attendu.
La scène d’ouverture plante le décor : au milieu de la nature, une villa de luxe dans laquelle fait semblant de vivre heureux un couple élevant un jeune adolescent, témoignage d’un amour disparu depuis longtemps. Pour échapper à ce labyrinthe doré étouffant, la femme au foyer rejoint discrètement son amant en ville pendant que son gardien de mari exerce sur entreprise la main de fer devenue inopérante dans son foyer. La suite est cousue de fil blanc, et le Minotaure prêt à tout pour tout contrôler, jusqu’à sacrifier la vitalité de sa femme et la vie de ses employés, commettra l’irréparable.
En filmant un récit d’adultère bourgeois à l’intérieur de cadres claustrophobiques, le réalisateur prétend « parler de la guerre sans la filmer ». Certes un film sur la guerre n’impose pas de regarder la monstruosité en face, et vouloir montrer ce qui y prépare est un parti pris intéressant. Mais encore faudrait-il lui donner de la matière et une forme, au-delà du simple ressort scénaristique, comme pour se débarrasser d’un témoin gênant par exemple.
Le cinéma n’a pas à être moral puisqu’il figure la vie, mais un cinéaste est tenu à une éthique de responsabilité au regard de son ambition de départ. Cette représentation du mal trop simpliste à travers une mise en scène classique voire paresseuse s’en éloigne, à l’image du plan final qui ne dit rien ou si peu.