Les plus belles surprises cinématographiques sont toujours celles que l'on attend le moins. J'ai découvert Miracle en Alabama presque par hasard, je n'avais jamais entendu parler du film avant. J'utilise depuis peu le moteur de recherche de streaming de SC, pour m'éviter de longues minutes hébétées devant les catalogues de plateformes, hésitant entre un mauvais choix et un autre mauvais choix. Mon tri des œuvres non-vues par popularité commençait à me fatiguer un tantinet. Je n'ai rien contre Very Bad Trip et Twilight, les deux premiers choix systématiquement proposés, mais ce n'est pas mon style. J'ai donc décidé de faire une recherche par meilleurs notes, et là entre le contingent de films obscurs et les documentaires animaliers, il y avait Miracle en Alabama !
Deux Oscars pour les actrices - Anne Bancroft en meilleur rôle, et la petite Patty Duke en meilleur second rôle (devenant au passage la plus jeune femme oscarisée à seulement 16 ans) - dans un film réalisé par Arthur Penn - à qui on doit notamment Little Big Man ou encore Bonnie and Clyde - : j'ai presque honte de ne jamais en avoir entendu parler !
Le film est l'adaptation directe de la pièce éponyme de William Gibson, créée à Broadway en 1959.
Je n'ai pas vu le show de Broadway, mais je suppose que le film est plutôt fidèle à la pièce : en effet c'est Gibson lui-même qui a adapté son texte pour le grand écran, et Arthur Penn en était déjà le metteur en scène ! Quant au duo d'actrices, Anne Bancroft et Patty Duke interpretaient déjà leurs personnages, Annie Sullivan et Helen Keller. Comme souvent, le studio voulaient initialement une actrice plus bankable pour le rôle d'Annie Sullivan, mais Arthur Penn a insisté pour garder son duo d'origine. Et c'est tant mieux !
L'alchimie entre les deux femmes est impressionnante ! Du haut de ses 16 ans, Patty Duke en paraît vraiment 7 ou 8 : sa transformation est scotchante, tout comme son jeu très brutal, animal, tout en force et en explosivité. Face à elle, Anne Bancroft, avec ses lunettes de soleil sur le nez, reste d'une fermeté à toute épreuve.
Le scénario met à l'honneur le handicap : suite à une maladie à sa naissance, la jeune Helen grandit sourde, aveugle et muette. Le noir total. Désemparés, ses parents ont déjà tenté toutes les médecines possibles. C'est en dernier recours qu'ils font appel à Annie, une jeune éducatrice (elle-même ancienne aveugle) qui sort d'une école spécialisée. Pour dompter la terreur, Annie va devoir employer la méthode forte, au grand dam de ses parents, qui voient d'un œil inquiet cette façon de procéder.
L'une des scènes les plus marquantes est celle du "combat" où Annie apprend à Helen à manger correctement, et à replier sa serviette. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'Annie n'y va pas avec le dos de la cuillère (ok, elle était facile). Une séquence ultra-physique de 9 minutes au réalisme cru sidérant. Les deux actrices ne jouaient qu'à moitié la comédie : elles portaient sous leurs vêtements des protections, et ont quand même fini les 5 jours de tournage couvertes de bleus !
Malgré son origine, Miracle en Alabama n'est pas du tout un film "théâtral". La mise en scène joue sur les cadres et les angles de vue pour renforcer la violence des échanges entre les deux femmes, et l'image en noir et blanc signée Ernesto Caparros est somptueuse.
Détail amusant pour boucler la bouche, Miracle en Alabama a fait l'objet d'un remake (en téléfilm) 17 ans plus tard. Dans le film de 1979, Patty Duke reprend le rôle de Annie Sullivan (glanant au passage un Emmy Award) ! Un beau passage de flambeau !